‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 75 sur 327 · MINISTÈRES DU DUC DE BOURBON ET DU CARDINAL DE FLEURI · texte numérisé non relu

MINISTÈRES DU DUC DE BOURBON ET DU CARDINAL DE FLEURI

$ 1. Moxsreur LE Duc. — Gouvernement de madame de Prie et de Pâris Duvernei. Nouveaux bouleversements monétaires et économiques. L'archevêque Tressan. Nouvelles persécutions contre les protestants. Impôt du cinquantième du revenu. — Nouvelle rupture avec l'Espagne. Mariage du roi avec Marie Lesczynska. — Souffrances et agitations populaires. — L'Espagne et l'Autriche se rapprochent. — Pragmatique autrichienne. — Lutte entre Monseur le duc et Fieuri, précepteur du roi. Monsieur le duc est renversé. — $ 2. Le CARDINAL DE FLEURI. — Système d’assoupissement. Économie au dedans; paix au dehors; point de réformes; point d'innovations ; la marine française sacwfiée à l'Angleterre. — Fleuri et les Walpole. — Raccommodement avec l'Espagne. — Le cardinal de Tencin, Persécution contre les jansénistes. Luttes du parlement contre le ministère. Miracles du diacre Pâris. — $ 3. SUITE DU MINISTÈRE DE FLEURI : GUERRE DE L'ÉLECTION DE POLOGKE. — Mort d’Auguste II, roi de Pologne. La France porte au trône de Pologne Stanislas Lescezynski, beau-père de Louis XV. La Russie et l'Autriche portent Auguste III. Fleuri, de peur des Anglais, ne soutient pas sérieusement Stanislas. Siége de Dantzig. Mort héroïque de Plélo. Stanislas, élu par les Polonais, est renversé par les Russes. La France se venge sur l’Autriche. La France, l'Espagne et la Sardaigne attaquent l'Autriche en Italie. Batailles de Parme et de Guastalla. Les Autrichiens sont chassés des Deux-Siciles et de presque toute la Lombardie. Projet de CHAUVELIN, ministre des affaires étrangères, pour l’indépendance de l'Italie. Fleuri ne le soutient pas jusqu’au bout et renvoie Chauvelin par jalousie. Paix de Vienne. On rend le Milanais à l'Autriche et on lui cède Parme, moyennant qu’elle renonce aux Deux-Siciles en faveur du second fils de Philippe V. La Lorraine donnée à Stanislas, avec réversibilité à la couronne de France, et la Toscane donnée en échange au duc de Lorraine, gendre de l’empereur. On sanctionne la pragmatique autrichienne, — Grand mouvement spontané du commerce, de la marine marchande et des colonies françaises dans les Deux Indes, Contraste entre la misère des campagnes et l'éclat des villes et des ports.

$ 1. — MONSIEUR LE puc 4723-1726

Il n’y avait rien à espérer du nouveau gouvernement. Le duc

de Bourbon avait trempé dans ce qui s’était fait de pire sous Phi-

lippe d'Orléans; la continuation de la Régence, moins l'esprit, voilà ce qu’on devait attendre. Fleuri s'était trompé en comptant sur une nullité docile. Monsieur le duc fut docile, en effet, mais pour d’autres que pour le vieux précepteur du roi. Derrière sa nullité, il y avait d’actives ambitions. Une jeune femme charmante et perverse, qui cachait tous les vices sous les grâces d’une fausse ingénuité, la marquise de Prie, fille de traitant mariée à un diplomate, disposait de Monsieur le duc comme d’un esclave et en faisait l'instrument de ses vanités, de ses cupidités et de ses haines. Cette nouvelle Régence, tombée en quenouille, eut ses roués, à la tête desquels brillait ce jeune duc de Richelieu, qui remplit tout le xvin® siècle de sa scandaleuse renommée et qui fut durant soixante ans le type de la corruption élégante et de l’orgueilleuse frivolité. Elle eut aussi son Dubois et son Law, tout à la fois, dans Pâris- Duvernei, financier homme d’État, esprit actif, fertile, hardi, mais dur, emporté, despotique, tyran subaltèrne sous un tyran en jupon, et qui, sans plus de titre officiel que madame de Prie elle-même, dirigea pour elle et par elle tous les ministères dont aucun ne lui fut spécialement dévolu.

Fleuri trouva donc, dès le premier jour, chez le prince qu’il avait investi du pouvoir, une hostilité sourde au lieu de reconnaissance. La distribution des emplois et des grâces dépendit, quoi que pussent faire Monsieur le duc et ses directeurs, de l’homme qui savait seul délier la langue du roi; mais toute l'administration se fit, autant qu'on put, en dehors de Fleuri, et l’on commença par détourner secrètement le pape d'accorder le chapeau rouge qu'on sollicitait ostensiblement pour lui.

Cette administration reçut de son véritable chef, Pâris Duvernei, un singulier caractère de despotisme à la fois raisonneur et brutal. Duverneï, qui se donnait pour l’homme pratique et positif, par opposition aux rêves systématiques de Law, renouvela en sens inverse les mesures violentes et téméraires par lesquels Law avait bouleversé les intérêts économiques. Il subsistait, depuis le SYStème, malgré la suppression du papier-monnaie, un surhaussement des denrées, des salaires et des monnaies qui n'avait d’inconvénient que parce qu’il n’était pas suffisamment régulier et général. Duvernei prétendit rabaisser de vive force toutes les va-

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