Anciennes Lois françaises, t. XXI, p
430 MONSIEUR LE DUC. (1724) la tyrannie; la plupart des protestants se fussent résignés, malgré
leur extrême répugnance, à subir le sacrement du prêtre catho-
lique; mais, presque partout, ce même clergé, autrefois’ si facile aux communions sacriléges, n’accueillit les fiancés de foi suspecte que par des riguenrs outrées et leur imposa des épreuves pénibles, humiliantes, démesurément prolongées, avant de leur accorder la bénédiction nuptiale : assuré de ses victimes, maintenant que toute autre forme de mariage était abolie, le clergé n’avait plus de concessions à faire : dans beaucoup de diocèses, en Dauphiné surtout, les curés obligeaient les fiancés, enfants de réformés, à maudire leurs parents décédés et à jurer qu'ils croyaient à leur damnation éternelle ‘ !.... Les protestants, désespérés, cessèrent de se présenter à l’église et retournèrent prier et se marier au désert, devant leurs héroïques pasteurs, génération de martyrs qui se renouvelait incessamment au pied de l’échafaud ; mais, là, ils retrouvèrent les intendants pour les poursuivre et les tribunaux pour les condamner ?. La correspondance des intendants fait voir à nu le double caractère de cette persécution, froidement cruelle de la part de hauts fonctionnaires libertins et incrédules, grossièrement fanatique de la part du bas clergé. Cette période rappelle, bien mieux que celle de 1685, ces derniers jours de l'antiquité, où les chefs épicuriens et sceptiques de l'empire romain donnaient hypocritement la main aux prêtres du paganisme populaire pour exterminer les chrétiens.
L'émigration protestante avait recommencé : la Suède essaya d'en profiter pour réparer ses pertes, en invitant les Français persécutés à venir chercher un asile dans son sein. On n’osa refuser aux luthériens d'Alsace l’exemption que leur assuraient des priviléges garantis par les capitulations les plus solennelles, et la Hollande obtint aussi des conditions spéciales pour ses nationaux établis en France. La persécution ne sévit pas longtemps
1. Correspondance des intendants, cité par Lémontei, t. II, p. 157.
2. Quelques tribunaux jansénistes, par opposition aux évêques molinistes, montrèrent de l’indulgence; mais d’autres entrèrent violemment dans l'esprit de la loi, et, le plus souvent, d’ailleurs, dans les affaires d'assemblées illicites, il n’y avait d'autre juge que l’intendant, — Les jeunes pasteurs du désert sortaient, pour la plupart, d’un séminaire fondé à Lausanne par Antoine Court, père du philosophe Court de Gébelin, :