HIDEUSE PERSÉCUTION
sur nos malheureux calvinistes dans toute son intensité; elle ne se ralentit toutefois pour quelques années qu'après d'importants changements qui ne tardèrent pas à survenir dans le gouvernement.
Le duc de Bourbon et ses conseillers avaient porté la même étourderie brutale dans la politique extérieure que dans lintérieure. Monsieur le Duc enviait avec fureur le titre de premier prince du sang au jeune duc d'Orléans, fils du régent, et ne pouvait supporter l’idée de voir ce rival, fort insignifiant de sa personne ‘, monter sur le trône si le roi venait à manquer. Sa première pensée, en arrivant au pouvoir, fut donc de renouveler les plans d’Alberoni et de la duchesse du Maine contre la branche d'Orléans, et de s'entendre avec la cour d'Espagne pour assurer éventuellement à Philippe V ou à ses enfants la réversibilité que leur interdisait le traité d'Utrecht. Dans l’aveuglement d'une haine fort peu motivée, il aimait mieux reculer d'un degré les chances de sa propre branche, que de laisser subsister les droits des d'Orléans. Ses desseins, à peine ébauchés, furent contrariés par une nouvelle assez étrange, qui arriva de Madrid, l’abdication de Philippe V. L'hypocondre Philippe, qui roulait ce projet dans sa tête depuis quelques années, l'avait effectué le 10 janvier 1724, au grand chagrin de sa femme, et la couronne d’Espagne avait passé sur le front de don Luis, jeune homme de seize ans, fils aîné de Philippe et de la feue reine Louise de Savoie. Il eût été fort difficile de faire entrer dans les vues secrètes du duc de Bourbon l'oligarchie castillane qui venait de succéder au pouvoir de la reine italienne; mais le nouveau règne s’évanouit comme une ombre, sans autre événement que quelques scandales entre le jeune roi et sa femme, une de ces filles du régent qui portaient le vice et la folie partout. Don Luis mourut de la petite vérole, le 30 août. La reine Élisabeth de Parme et l'ambassadeur de France, le vieux Tessé, s’unirent pour forcer Philippe de remon-
1. Le nouveau duc d'Orléans, dépourvu de toute faculté politique, de toute aptitude aux choses de ce monde, se jeta dans la haute dévotion janséniste, comme pour expier les désordres et l'impiété de son père, et, après la mort de sa femme, princesse de la maison de Bade, se retira dans un logement dépendant du monastère de Sainte-Geneviève, où les œuvres pieuses et l'étude de la controverse et des texkies bibliques l’absorbèrent tout entier.
ter sur son trône. Ce ne fut pas une petite affaire. Les grands, qui voulaient régner sous le nom de l’infant Ferdinand, le second fils de la feue reine Louise, firent agir les théologiens pour persuader à Philippe que, s’il revenait aux grandeurs de ce monde, il commettrait le même péché qu’un religieux en rupture de vœux, On opposa docteurs à docteurs, et le nonce du pape fit enfin pencher la balance. Philippe reprit le titre, Élisabeth reprit la réalité du pouvoir, au grand détriment de la paix européenne.
Le pacte secret, projeté par le duc de Bourbon, ne fut pourtant pas conclu. Philippe V entendait que la France, en expiation de l'invasion de 1719, mit son or et son sang à la disposition de l'Espagne, et la reine était habituée à considérer comme un ennemi quiconque n’épousait pas sans aucune réserve toutes ses passions et tous ses intérêts. Ils voulaient tous deux que, dans le congrès ouvert à Cambrai pour terminer le règlement des intérêts austro-espagnols, on obligeât l'Angleterre à rendre Gibraltar et l'empereur à se dessaisir de Mantoue en donnant aux infants l'investiture de Parme et de la Toscane; ou, sinon, la guerre. Le duc de Bourbon, plus par sottise que par audace, eût peut-être consenti à courir cette dangereuse aventure ; il eût pu rencontrer un sérieux obstacle en ce cas dans le vieux Fleuri; mais ce fut une cause plus intime qui l’arrêta. Robert Walpole, qui dirigeait le cabinet anglais depuis la mort de lord Stanhope et qui avait érigé la corruption en système diplomatique et parlementaire avec une précision mathématique, achetait tout ce qui pouvait être à vendre, au dehors comme au dedans. Madame de Prie hérita de la politique anglaise de Dubois en héritant de sa pension, et l’on conçoit que dès lors Monsieur le Duc se trouva dans l’impossibilité de rien faire qui déplût à l'Angleterre. Non-seulement il n’y eut point d'entente avec l'Espagne contre l'Angleterre et l'Autriche; mais madame de Prie fit manquer un important dessein Conçu par un diplomate français pour nouer cette alliance russe que le régent n'avait pas voulu accepter. Il s'agissait de marier Monsieur le Duc à une fille de Pierre le Grand, avec l’expectative du trône de Pologne après Auguste IT.
La politique de la France eût changé peut-être, si Philippe V eût accordé à madame de Prie une faveur vivement désirée. Elle