‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 80 sur 327 · MONSIEUR LE DUCG ET L’ESPAGNE · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE DUCG ET L’ESPAGNE

voulait récompenser par un titre la complaisance de son mari et assurer une haute position à ses enfants, dont Monsieur le Duc se croyait le père. Bourbon, n’osant faire le marquis de Prie duc et pair en France, s’avisa de demander pour lui la « grandesse » au roi d'Espagne. Philippe et sa femme rejetèrent la demande avec mépris. Bourbon, ne voyant plus rien à faire pour lui avec l'Espagne et conservant ses appréhensions relativement au duc d'Orléans, résolut alors d'assurer au plus tôt un héritier direct au roi, fût-ce au prix d’une rupture ouverte avec Philippe V, c’est-àdire de renvoyer l’infante-reine, enfant de six ans, et de marier Louis XV à quelque princesse qui pût sur-le-champ le rendre père. Le jeune roi s'était beaucoup fortifié par l'exercice et la chasse, mais sa santé éprouvait de temps en temps des crises alarmantes. Une fièvre violente, qui mit sa vie en danger pendant deux jours, comme il venait d'accomplir sa quinzième année (20 janvier 1725), effraya le duc de Bourbon et le décida à brusquer l'affaire. Fleuri ne s’y opposa point, tout en s’arrangeant de manière à en éviter la responsabilité. Le renvoi de l’infante fut signifié à la cour d’Espagne avec une précipitation qui aggravait l'offense. On demanda pour Louis XV une fille du prince de Galles, petite-fille de George Ier. Il était insensé de s’imaginer que le roi hanovrien, qui n’existait que par le principe protestant, soulèverait l'Angleterre en faisant acheter la couronne de France à une fille de sa race par l’apostasie, et, de leur côté, les continuateurs de Le Tellier ne pouvaient donner une reine protestante à la France. George Ie refusa la main de sa petitefille.

Ce que refusait l'Angleterre, la Russie se hâta de l'offrir. Pierre le Grand venait de mourir (8 juin 1725), laissant derrière lui une machine politique si solidement construite et si habilement lancée, qu’elle n’a pas cessé de marcher, pour ainsi dire, d’ellemême. La veuve du tzar, la fameuse Catherine, déployant pour sa propre grandeur le génie qu'elle avait autrefois montré pour le salut de son mari sur les bords du Pruth, s'était approprié le trône des Romanoff, au détriment de l'héritier", Pierre Alexiowitz,

1. Catherine prétendit que son mari l'avait désignée pour héritière et se fit proclamer par les soldats. Suivant la législation de Pierre le Grand, l'héritier naturel,

fils de ce fils que lé tzar Pierre avait impitoyablement immolé eu salut de sa grande œuvre, comme ces symboliques victimes qu’on ensevelissait sous les fondements des cités antiques. L’héritier dépossédé était fils d’une belle-sœur de l'empereur Charles VI, et Catherine craignit que les partisans de cét enfant ne cherchassent un appui en Autriche; elle sé tourna donc vers la France et fit offrir à Louis XV sa seconde fille (qui fut plus tard la tzarine Élisabeth); la princesse russe eût embrassé le catholicisme , et la Russie eût mis ses forces à la disposition de la France en cas de suerre européenne. Quant à la Pologne, la Russie n’avait même plus la prétention de lui donner uné reine moscovite, en aidant le duc de Bourbon à saisir la couronne polonaise, quand elle tomberait du front d’Auguste IT; elle proposait elle-même au duc de Bourbon d’épouser la fille du roi détrôné Stanislas Lesczynski, le malheureux allié de Charles XII, qui végétait obscurément au fond de l'Alsace. C'étäit là toute une politique nouvelle et hardie, mais qui dépassait trop la taille de Monsieur le Duc; madame de Prie ne voulait point que son amant allât régner en Pologne. Monsieur le Duc remercia fort et n’accepta point. Ces ConStants et inutiles efforts de la Russie pour s'unir à la France, pendant la première partie du xvme siècle, sont singulièrement remarquables. Leur succès eût pu améner une confédération entre la France, la Russie, l'Espagne et l'Italie contre l'Autriche et l’Angleterre. Combien de temps cette association eût-elle duré et jusqu'à quel point eût-on pu s'entendre Pour ce qui regardé la Pologne et la Turquie? C’est là chose fort obscure, mais ce qui est certain, c’est qu’il n’y eut aucun motif sérieux, aucune raison d'intérêt publie, dans les refus obstinés qu’opposa la cour de Versailles aux empréssements de Saint-Pétersbourg,

Les propositions de la tzarine contribuèrent indirectement à donner à la grande affaire du mariage de Louis XV le dénotment le plus inattendu. Ce que cherchait madame de Prie, c'était une reine qui lui dût tout, qui n’eût d'appui ni en France ni au dehors, et dont le caractère promît reconnaissance et docilité. Après avoir passé en revue toutes les princesses de l’Europe, la

fils ou fille, n’est appelé au trône que si le dernier souverain n’a pas désigné un autre successeur,

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