BENOIT XIII ET LES ULTRAMONTAINS
de l’épiscopat français. On vit alors ce qu’il fallait penser des croyances réelles de la faction ultramontaine et le cas qu’elle faisait de son dogme fondamental, Pinfaillibilité. Les évêques constitutionnaires français menacèrent de faire schisme, si le pape trahissait la cause commune par un accommodement honteux, et le sacré collége montra clairement qu’il n’admettait l’infaillibilité du pape qu'assisté des cardinaux, c’est-à-dire l’infaillibilité, non plus du chef de l’Église, mais des curés de Rome présidés par leur évêque, car les cardinaux n'avaient pas été autre chose aux temps primitifs. Certains cardinaux, craignant que le pape ne publiât un décret dogmatique dans le sens antimoliniste, ajoutaient que le pape n’avait autorité que pour condamner l'erreur, mais non pour affirmer la vérité‘. Aucun ennemi n’eût pu porter au catholicisme ultramontain de plus rudes coups que ceux qu'il s’infligeait à lui-même. |
En attendant, le but immédiat fut atteint; la transaction avorta: le pape recula devant ce déchaînement, auquel Fleuri avait pris grande part. Le précepteur du roi dérogeait à sa modération habituelle quand il s'agissait de jansénisme, depuis que le père Quesnel l’avait fort rudement malmené, pour avoir écrit contre les jansénistes sans conviction sérieuse et sans connaissance de la matière. Il était d’ailleurs entretenu dans ses sentiments hostiles par son confesseur, le sulpicien Polet, qui avait sur lui l'influence, non de la dévotion, mais de l'habitude, et qui, comme toute la congrégation de Saint-Sulpice, était dévoué à la faction constitutionnaire. Fleuri avait fait signifier au pape, au nom du roi, qu'on ne recevrait ses brefs en France que lorsqu'ils auraient été rédigés avec le conseil des cardinaux.
Ce fut sur ces entrefaites que parut l’édit du cinquantième. Sous Louis XIV, la dîime de 1710 n’avait pas dû d’abord épargner le clergé; mais l’ordre ecclésiastique s’était hâté de se racheter par un don gratuit et avait obtenu à ce prix la reconnaissance expresse de ses priviléges. Ce ne fut qu’un cri dans son sein contre le cinquantième, qui n’était pas susceptible de rachat. L'assemblée adressa des remontrances au roi, puis, comme pour se venger de
4, journal de Dorsanne, t. V, p. 49-58-202.
Monsieur le Duc, elle se jeta violemment dans les débats théologiques, qu’elle n’avait pas l'autorisation d’aborder, ces assemblées n'ayant pour objet habituel que les intérêts matériels du clergé, elle demanda des conciles provinciaux contre les adversaires de la bulle et fit tant de bruit, que Monsieur le Duc, malgré Fleuri, ordonna la séparation de l’assemblée le 27 octobre. L'assemblée obéit, mais en laissant au pouvoir une lettre d’adieu si violente, que Bourbon en fit saisir l’original et fit biffer le registre. « On « ferme la bouche aux évêques », écrivait l’assemblée, « on les « empêche d’instruire le roi et les fidèles, quand la foi est dans le « dernier péril, etc. » |
Ces déclamations à froid, ces parodies des Pères de l’Église, n'eussent été que ridicules, en temps ordinaire, de la part de tant de prélats scandaleux et sceptiques; mais, associées à des refus d'impôts, elles contribuaient à entretenir l'agitation générale. Toutes les classes étaient également mécontentes. Bourbon et sa maîtresse, qui voulaient bien qu’on fit des économies aux dépens d'autrui, avaient autorisé Duvernei à réduire de nouveau la maison du roi et à reviser toutes les pensions depuis la mort de Louis XIV (février-novembre 1725) : ceci frappait sur la noblesse de cour. Quant au peuple, son irritation croissait avec ses souffrances. Au bouleversement des monnaies et du commerce s’ajoutait la disette; dans le courant de l'été de 1725, l'extrême cherté du pain avait excité de violentes émeutes au faubourg Saint- Antoine, à Rouen, à Caen, à Lisieux. Saint-Simon accuse Honsieur le Duc d’avoir créé la disette par de criminelles spéculations sur les grains. Cette imputation ne paraît pas fondée : l’État fit, pour nourrir Paris, des sacrifices qui s’élevèrent de 10 à 11 millions; mais il y eut beaucoup d’impéritie et probablement de malversations subalternes, car ces sacrifices n'empêchèrent pas les Parisiens de payer le pain au prix exorbitant de 9 sous la livre ‘. Aux émeutes urbaines pour les grains succédèrent les
1. Lémontei, t. II, p. 218. — Le prévôt des marchands ayant été destitué durant cette crise, le roi donna ordre au corps-de-ville d’en élire un autre, en ces termes : “ Notre intention est que vous y procédiez incessamment, et qu’en y procédant, vous donniez vos suffrages au nommé Lambert ». On voit où en étaient les libertés municipales, L'élection des juges-consuls [tribunal de commerce) n’était pas beaucoup plus sérieuse, Le juge et les quatre consuls en exercice choisissaient à leur gré