‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 86 sur 327 · XV · texte numérisé non relu

XV

Cette épreuve avait montré son autorité inébranlable. La laideur sinistre de Monsieur le Duc, son esprit dénué de tout agrément, avaient fait échouer tous ses efforts pour plaire au roi. Quant à la reine, bonne et honnête personne, d’une physion omie douce, mais sans beauté, d’un esprit médiocre, sans éclat et sans charme, faite pour inspirer l'estime et non l'amour, elle n’eût pas dominé un jeune homme vif et sensible, à plus forte raison une nature sèche et stérile comme celle de Louis XV,

Fleuri ne tenait pas à pousser sa victoire jusqu’au bout : il n’eût pas mieux demandé que de laisser le titre du pouvoir à Monsieur le Duc en gardant la réalité; mais c’était impossible avec la de Prie et Duvernei. Plusieurs fois, Fleuri pressa Bourbon de congédier ces deux objets de l’animadversion publique. Il ne put l'obtenir. Il patienta quelques mois encore. Au commencement de juin, Bourbon eut un moment de joie : il avait tâché en vain d’apaiser le ressentiment de l'Espagne ; l’Angleterre, elle, au lieu de prier, avait menacé et agi; trois flottes anglaises avaient été expédiées dans la Baltique, sur les côtes d’Espagne et dans les mers entre l'Espagne et l'Amérique, pour détourner la Russie de s'unir à l’empereur et barrer le passage aux galions espagnols. Ces mouvements jetèrent la confusion et la discorde dans le conseil d’Espagne et déterminèrent la chute de l’aventurier ministre Riperda, le négociateur du traité de Vienne. Bourbon se figura qu'il allait conquérir la paix au dehors et raffermir son autorité au dedans. Pendant ce temps, sa propre chute était résolue. Le 11 juin, le roi, partant de Versailles pour Rambouillet, dit à Monsieur le Duc avec un sourire plus gracieux qu’à l'ordinaire : « Mon cousin, ne me faites pas attendre pour souper. » Quelques heures après, le duc reçut de Louis un billet durement laconique, qui lui ordonnait de se retirer jusqu’à nouvel ordre dans son château de Chantilli. Il rentra dans la nullité politique pour laquelle il était fait et ne reparut plus sur l’horizon, jusqu’à sa mort, qui arriva quatorze ans après. Madame de Prie fut exilée en Normandie et, là, dépérissant d’ennui et d’ambition rentrée, elle s'empoisonna pour en finir. Päris Duvernei fut envoyé à la Bastille, où madame de Prie et lui ne s’étaient pas fait faute de

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