Écrit en
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l'accroissement de la consommation et la diminution des nonvaleurs, fut de 200 millions au lieu de 180.
Une classe de la société, cependant, avait été frappée, en 1726, au milieu des concessions faites à toutes les autres classes. Cétaient les malheureux créanciers de l’État, victimes habituelles de la monarchie. Fleuri n’avait ni assez d'énergie ni des connaissances assez positives pour suivre, sans déviation, un plan de conduite. Si l’économie pouvait suffire maintenant pour gouverner, c'était cependant à condition, ou que l’on ne diminuât pas les impôts, ou que l’on recourût à l’emprunt pour parer à l’excédant des dépenses sur les recettes, excédant que les réductions des dépenses et l'augmentation des fermes, en août 1726, ne suffisaient pas encore à combler. Fleuri ne voulut ni de l’un ni de l’autre moyen, et préféra autoriser une iniquité et faire ce que Duvernei luimême avait repoussé, c'est-à-dire une nouvelle banqueroute partielle. On retrancha une masse de rentes viagères, déjà réduites à 4 pour 100 par le visa, et qui n'avaient pas été payées depuis deux ans : on supprima les petites rentes perpétuelles au-dessous de 10 livres sur les tailles, ce qui atteignait précisément les plus pauvres créanciers, et l’on décida ainsi une économie de 13 millions et demi par an, sans compter 27 millions d’arriéré qu’on annula (novembre 1726). Le parlement fit des remontrances, et cent cinquante mille rentiers crièrent si fort, que Fleuri fit un pas en arrière et rétablit les rentes au-dessous de 300 livres et autres appartenant aux créanciers les plus malaisés, jusqu’à concurrence de 1,800,000 francs (janvier 1728) 2,
Ce fut là le seul acte violent et irrégulier de l'administration de Fleuri. La progression constante des recettes calma les alarmes du vieux ministre et lui permit de suivre dorenavant sa pente naturelle. En somme, point de réformes, point de nouveautés, point de vues, voilà quel fut le caractère de cette administration. Les choses étant laissées à leur libre cours, autant que le permet-
1. Bailli, t. IT, p. 111. — Hém. de Villars, p. 326-341, Villars parle d’un revenu de 230 millions en 1733 (p. 439); mais il doit y avoir de l’exagération. — Dutot Economistes financiers, p. 943) dit, d’après l'abbé de Saint-Pierre, que le revenu réelne montait qu’à 182 millions, toutes charges déduites.
2. Villars, 326-329-331-351. — Bailli, t. II, p. 111-112, — Lacretelle, t. II, p. 67.
[1726-1727] BANQUEROUTE. STATU QUo©. 451
taient les institutions établies, il se trouva que, peu gouverner, c'était bien gouverner, à beaucoup d’égards, en comparaison de ceux qui avaient gouverné beauçoup et mal; ce fut bien gouverner, du moins pour quelque temps et jusqu’à ce que la France eût repris haleine des tempêtes économiques qui avaient suivi les tempêtes guerrières : la vie d’un grand peuple n’est pas chose si simple qu’elle puisse aller ainsi longtemps par la seule routine, sans idées générales et sans direction éclairée. Provisoirement, l'industrie et le commerce, après les bouleversements inouïs de 1720 à 1726, se relevèrent avec une merveilleuse promptitude et développèrent une activité digne d’admiration; on vit la prospérité renaître et grandir de jour en jour, sinon dans les campagnes, au moins dans les villes, dans les ateliers et dans les ports. Nous indiquerons, un peu plus tard, quel puissant essor prit spontanément le mouvement maritime et colonial de la France, objet de la plus haute importance pour l'étude du génie national.
La prospérité commerciale et le statu quo financier dont nous venons de parler disent assez que la guerre générale, imminente sous Monsieur le Duc et par lui, n’avait point éclaté. L’ébranlement imprimé à l’Europe par la double ligue de Vienne et de Hanovre s'était quelque temps prolongé; on avait recruté des alliés de part et d'autre. Les conseillers de la tzarine, achetés par l'Autriche ou blessés du peu de cas que le gouvernement français avait fait de l'alliance russe, avaient décidé Catherine à donner son accession au traité de Vienne et sa garantie à la pragmatique de Charles VI (6 août 1726). Le bizarre et fantasque roi de Prusse, qui n’aimait pas son beau-père George Ie' et qui craignait d’être pris avec sa jeune armée, unique objet de ses affections, entre les masses de {a Russie et de l'Autriche, abandonna l’alliance de Hanovre, traita secrètement avec l'empereur et garantit aussi la pragmatique, moyennant que Charles VI lui promit la réversion intégrale des duchés de Juliers et de Berg, après le possesseur actuel (l’électeur palatin) (12 mars 1727). Par compensation, Ja Hollande (9 août 1726), la Suède (25 mars 1727), le Danemark (16 avril 1727), se rallièrent à l'Angleterre et à la France. Fleuri, tout en concourant avec l'Angleterre à étendre l'alliance de Hanovre, fit tous ses
152 FLEURL 1727] efforts pour dissiper l'orage, et avec raison, car une guerre si peu motivée eût été un crime de lèse-humanité; malheureusement, la direction particulière où il s’engagea pour maintenir la paix européenne et qui devint Systématique chez lui, ne mérita pas les mêmes louanges que le but. Il s’enchaïna à l'Angleterre, comme le régent, comme Monsieur le Duc, et se lia étroitement, de sa personne, aux deux frères Walpole, dont l’un, Robert, gouvernait l’Angleterre, dont l’autre, Horace, ambassadeur en France !, dirigeait la diplomatie britannique sur le continent. Avec Fleuri, il n’y a plus à expliquer cette politique par une honteuse vénalité. Horace Walpole s'était emparé du vieux prélat par d’adroites flatteries, et surtout en courant le voir à Issi, lorsqu'il avait feint de se retirer, calcul habile que le vieillard prit pour un élan d'affection.
Il y eut toutefois, dans la conduite de Fleuri, une cause plus générale; quand une politique est ainsi épousée successivement par des esprits et dans des régimes si différents, il faut qu’elle ait quelque raison d'être, au delà des intérêts ou des sentiments privés. Il y avait, en effet, une raison; c’est que la paix européenne était attachée à l’entente de la France et de l'Angleterre, et que les Walpole voulaient la paix à tout prix comme Fleuri lui-même ; ils la jugeaient utile aux intérêts matériels de l'Angleterre et nécessaire à la consolidation de ce singulier régime qu’on pourraît appeler la corruption constitutionnelle, et qui consistait à endormir la nation anglaise * et à acheter ses représentants, Mais cette entente pacifique, tout aussi désirée à Londres qu’à Paris, fallait-il la faire acheter à la France en sacrifiant une partie de ses intérêts vitaux, en laissant systématiquement dépérir sa marine militaire, précisément alors que ses colonies grandissaient d'heure en heure et que sa marine marchande prenait, par les seules forces de l’activité privée, ce vigoureux élan que Colbert avait tant travaillé autrefois à lui imprimer par la main de l’État? Le gouvernement abandonnait la mer ?, au moment où la nation faisait un généreux
1. Il ne faut pas confondre celui-ci avec le second Horace Walpole, fils de Robert et si connu dans la société française du xvrrre siècle.
2, Endormir l'esprit politique, s'entend, car Robert Walpole servit puissamment
le mouvement commercial.
8. On sent bien que cetabandon ne pouvait être tout à fait complet : ainsi, en 1228,