FLEURI ET LES WALPOLE
effort pour s’en emparer !.… Nous verrons plus tard les déplorables conséquences de ce désaccord !
Les passions du gouvernement espagnol étaient la grande difficulté de cette pacification générale tant souhaitée par Fleuri, aucun des autres états n’ayant sérieusement désir de la guerre. Philippe V et sa femme n’avaient pas contre Fleuri de haine personnelle et eussent accepté volontiers ses offres de réconciliation, mais pourvu que la France se séparât de l'Angleterre : contrairement à l’attente universelle, la chute de Riperda, le premier minisire d'Espagne, n'avait pas rendu le cabinet de Madrid plus pacifique; Riperda était tombé, non point à cause de ses dispositions belliqueuses, mais par suite de ses indiscrétions, de sa légèreté, de ses vanteries démenties par les événements et de cette antipathie si facile à soulever en Espagne contre les étrangers. Son successeur, le Catalan Josè Patiño, administrateur distingué, formé par Alberoni, continua à armer et à prodiguer à l'Autriche l'or de l'Espagne, pour acheter des auxiliaires à la ligue de Vienne. Philippe et Élisabeth s'étaient attachés impétueusement à l’idée très-naturelle et très-nationale de reprendre Gibraltar et tentèrent de la réaliser, avec l’aveugle témérité qui était le caractère habituel de la reine et qui devenait celui du roi dans les rares intervalles de son atonie hypocondriaque. Vers le commencement de 1727, ils donnèrent le signal des hostilités contre les Anglais, firent saisir le riche navire privilégié de la compagnie de la Mer du Sud, séquestrer les valeurs appartenant aux négociants anglais, français et hollandais sur les navires espagnols et entamer le siége de Gibraltar, siége fort inutile, car les Espagnols ne pouvaient ni emporter la place de vive force, ni empêcher les Anglais de la ravitailler par mer.
L'Espagne n’eut pas le pouvoir d’engager la guerre générale : l'Autriche ne la suivit pas. L'empereur n'avait pu entraîner la diète germanique dans l'alliance de Vienne : il se sentait hors d’état de défendre la Belgique contre la France et les puissances une escadre alla bombarder Tripoli pour châtier les pirateries barbaresques : les Tripolitains se soumirent, l’année suivante, aux satisfactions exigées. — V. sur l'abandon de nos forces navales, les vives représentations du comte de Toulouse et
de Valincourt, secrétaire général de la marine, au régent, à Monsieur le Duc, au cardinal de Fleuri; Mém. sur la marine, 1724-1726 , en tête des Mém. de Villette.
maritimes; il n’était pas moins vulnérable sur le Haut-Rhin et en Italie; l'argent, surtout, lui manquait, et les subsides de l’Espagne étaient loin de lui suffire; d’une autre part, sa femme et les ministres allemands ne voulaient point des mariages espagnols, ni par conséquent de la guerre. Quand il vit que l'Angleterre ne céderait pas sur le point débattu entre elle et lui, c’est-à-dire sur la compagnie d’Ostende, et que l’armée française était à la disposition de l’Angleterre, il plia : le 31 mai 1727, des préliminaires furent signés, à Paris, entre l'ambassadeur de Charles VI et les alliés de Hanovre. Charles suspendait pour sept ans la compagnie d'Ostende : une trêve de sept ans était conclue : l'empereur promettait que l'Espagne lèverait le siége de Gibraltar. On convenait que les vaisseaux marchands saisis des deux côtés seraient rendus et qu’on rétablirait les traités de commerce sur le même pied qu'auparavant. Un congrès s’assemblerait à Aïx-la-Chapelle pour le traité définitif. ù
Quelle que fût l’irritation de Philippe V et de sa femme, l’Espagne, à son tour, céda devant la nécessité et, dès le 13 juin, l'ambassadeur de Philippe V à Vienne signa les préliminaires. La mort de George I, sur ces entrefaites (22 juin), releva un moment le courage de l'Espagne, qui espéra que le parti jacobite profitcrait de cet événement pour exciter une crise en Angleterre; mais la transmission de la couronne au second roi de la dynastie hanovrienne, à George II, s’opéra sans la moindre secousse. Les rapports entre Versailles et Saint-James ne furent aucunement modifiés, et Fleuri contribua même, par ses bons offices auprès du nouveau roi, à faire maintenir Robert Walpole à la tête des affaires : le cabinet de Madrid dut se résigner à ratifier les préliminaires ; il disputa toutefois longtemps encore sur l'exécution, se plaignant, non sans raison, que les Anglais eussent débuté, avant toute déclaration de guerre, dès 1726, par bloquer les galions dans les ports d'Amérique, et demandant des indemnités pour ce fait et pour la contrebande anglaise. Il y avait encore plusieurs autres points en débat : une réconciliation officielle s'était cependant opérée, au mois d'août 1727, entre les deux branches de la maison de Bourbon; Louis XV et Philippe V avaient échangé des lettres amicales, et la destitution de Fleuriau de Morville,
[1727-1728] CHAUVELIN. Hs]
ministre des affaires étrangères, qui avait participé au renvoi de l'infante sous Monsieur le Duc, avait été présentée comme une satisfaction à Philippe et à sa femme : Morville avait entraîné dans sa disgrâce son père, le garde des sceaux Fleuriau d’Armenonville, et les sceaux avaient été donnés, en même temps que le ministère des affaires étrangères, au président Chauvelin, parlementaire qui avait été jusqu'alors étranger à la carrière diplomatique et ne s'était encore fait connaître que par ses complaisances pour la cour dans les affaires de la bulle Unigenitus, mais qui, une fois arrivé à son but, employa patiemment, incessamment, toutes les facultés d’un esprit supérieur à tâcher d’inspirer au vieux Fleuri une politique éclairée et nationale dans toutes les questions extérieures. Chauvelin souhaitait qu’on ménageât l’amour-propre et les intérêts de l'Espagne; mais on ne pouvait guère faire autre chose pour elle que d'obtenir que ses réclamations fussent renvoyées au congrès projeté. Une crise maladive de Philippe V, en effrayant la reine Élisabeth, la décida enfin à laisser régler pacifiquement l’exécution des préliminaires (5 mars 1100
Le congrès, qui devait se réunir à Aix-la-Chapelle, fut transféré à Soissons, par égard pour le cardinal de Fleuri, qui avait pris en personne les fonctions de premier plénipotentiaire français (14 juin 1728). Presque tous les états européens se firent représenter à Soissons. Le haut rang et le nombre des plénipotentiaires ne rendirent pas le congrès plus fructueux. La reine d'Espagne était retombée dans ses errements, aussitôt que son mari avait été hors de danger ; le cabinet de Madrid redemandait toujours la restitution de Gibraltar, qu’il prouvait lui avoir été promise par le feu roi George L, et, en attendant, il ne se pressait nullement de tenir parole quant au rétablissement du commerce et à la restitution des énormes valeurs appartenant aux négociants étrangers sur les flottes du Mexique et du Pérou. Rien ne se décida dans le congrès : la vraie négociation était, non pas à Soissons, mais tantôt à Versailles, tantôt à Madrid. Plusieurs fois, la rupture sembla imminente entre l'Espagne et l'Angleterre ; Fleuri apaisait toujours. Cependant, les dispositions respectives