MARINE. CORSE
çais avaient occupé trois de ces places en 1756, sans intervenir dans les hostilités entre Génois et Corses, et sans se départir du caractère de médiateurs qu’ils avaient pris en 1751; mais ils s'étaient retirés au bout de deux ans, et Gênes avait dû reconnaître non-seulement l'impossibilité de soumettre les rebelles par ses propres forces, mais l’extrême difficulté de conserver ses derniers postes. Gênes pria les Français de revenir, en 1764, à peu près aux mêmes conditions qu'auparavant, et leur remit la garde d’Ajaccio, de Calvi, de Bastia et de San-Fiorenzo. On recommença de négocier. Les Corses envoyèrent à Versailles le colonel Buttafuoco, pour demander qu’on reconnût l'indépendance de leur république, moyennant un tribut équivalant à ce que la Corse produisait autrefois à Gênes. Le profit n’avait jamais dépassé 40,000 francs pour Gênes, à cause des frais de garnison. Buitafuoco fit en même temps une autre démarche, qui attestait à quel point les conceptions idéales des philosophes commençaient à pénétrer dans la vie réelle. 11 demanda un projet de constitution à Jean-Jacques Rousseau, qui était encore en Suisse, et l’invita à se rendre en Corse, au nom du gouvernement auquel présidait Paoli. L’admiration exprimée par Rousseau, dans une note du Contrat social, pour la patriotique constance des Corses, lui avait fait des disciples dévoués parmi les chefs lettrés de ces barbares héroïques. Rousseau avait prédit que la Corse était destinée à étonner le monde : la prophétie se réalisa, mais autrement que ne l'avait entendu le prophète. L'enfant corse, qui devait étonner le monde, allait bientôt naître sur le rocher d’Ajaccio.
Si Rousseau s'était décidé à passer en Corse, il aurait eu la douleur d’y voir consommer l'oppression de ses amis.
Le cabinet de Versailles montra peu de loyauté envers les Corses. Il les berça de vaines espérances et laissa arriver les choses jusqu’au point où les Génois, perdant tout espoir de jamais reconquérir l’île, ne voulant point abaisser leur orgueil jusqu’à subir l'indépendance de leurs anciens sujets et ne pouvant s'acquitter des dettes qu'ils avaient contractées envers la France, proposèrent eux-mêmes à Louis XV la cession des droits de leur république.