Le 15 août
Le 45 mai 1768, un traité, signé à Versailles, autorisa le roi de France à exercer tous les droits de souveraineté sur toutes les places et ports de la Corse, comme nantissement de ses créances sur la république de Gênes. La cession était déguisée sous cette forme de nantissement, afin de pallier l’agrandissement de la France aux yeux de sa rivale l'Angleterre, et même de sa jalouse alliée l'Autriche. La France, par article séparé, donnait à Gênes une indemnité de deux millions.
Les Corses apprirent avec une profonde indignation le prix qu’on réservait à tant d'efforts et de courage. Malgré l'immense disproportion des forces, ils résolurent de défendre jusqu’au bout leur liberté. Paoli espérait que les Anglais, qui l’avaient toujours encouragé, ne verraient pas tranquillement la France se saisir d’une position aussi considérable dans la Méditerranée. Aux premiers mouvements que firent les garnisons françaises pour s’étendre dans l’intérieur et assurer les communications entre les places qu’elles occupaient, Paoli essaya bravement de leur barrer le passage. Il ne put se maintenir sur l’étroite péninsule du cap Corse, qui forme la pointe septentrionale de l’île, mais il occupa fortement la base de cette péninsule. Le lieutenant général de Chauvelin débarqua sur ces entrefaites avec quelques renforts et fit publier dans l’île des lettres patentes du 5 août, par lesquelles le roi de France sommait ses nouveaux sujets de reconnaître sa souveraineté, à peine de rébellion. Le conseil général et suprême d'État de la Corse répondit par une proclamation très-digne et très-touchante, où il déclarait que la nation corse ne se laisserait pas traiter comme un troupeau de moutons envoyé au marché (28 août).
Les actes répondirent aux paroles : Chauvelin, après un léger avantage aux bords du Nebbio, voulut poursuivre Paoli au delà du Golo avec des forces insuffisantes : les Français, déployés sur un trop grand espace, furent assaillis impétueusement par une levée en masse, qui les rejeta jusque sous le canon de Bastia, avec perte de mille ou douze cents hommes (septembre-octobre). Il fallut, au printemps de 1769, envoyer toute une armée, sous un nouveau commandant en chef, le comte de Vaux. Cet officiergénéral, disposant de quarante-deux bataillons et de quatre lé-