‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 105 sur 346 · CORSE. PAOLI · texte numérisé non relu

CORSE. PAOLI

gions (corps légers, mi-partie d'infanterie et de cavalerie), fit un plan de campagne qui enveloppait l'ile entière. Paoli était hors d'état de se soutenir contre une attaque aussi formidable. Un héroïque combat, au pont du Golo, fut le dernier soupir de la liberté corse‘. Corte, siége du gouvernement, dut capituler. I} n’eût pas été impossible de perpétuer une guerre de partisans dans les maquis et dans les montagnes; maïs l'éternel fiéau de la Corse, la division, renaissait avec les revers; Paoli, abandonné de la plupart des siens, et plus propre, d’ailleurs, à diriger un gouvernement régulier qu’à jouer le rôle d’un chef de guerülla, s’embarqua, à Porto-Vecchio, sur un vaisseau anglais, avec l'élite de ses amis (13 juin 1769). L’Angleterre, qui ne lui avait fourni d'autre secours que des munitions, des armes et quelques volontaires, lui offrit du moins un honorable asile.

Les Français usèrent avec assez de modération d’une victoire peu glorieuse. Le général de Vaux, et, après lui, le gouverneur Marbeuf, tâchèrent de réconcilier les Corses à la domination française, en leur montrant de la bienveillance et de l'équité. Une amnistie, des chemins construits par les troupes, des établissemenis utiles, des encouragements à l’agriculture et au commerce, le maintien du régime municipal des podestats, la concession d'États-Provinciaux sous le titre de consulle générale, signalèrent cette politique conciliante. La première consulte générale, convoquée à Bastia, le 15 août 1770, prêta serment au roi de France; néanmoins, des meurtres, des brigandages, des révoltes partielles, étouffées dans le sang, souvent renaissantes, ne cessèrent de protester contre la conquête. Les améliorations matérielles dues aux nouveaux maîtres étaient, d’ailleurs, trop compensées par les abus de J’administration et de la fiscalité françaises. On peut dire que l'acquisition de la Corse ne se légitima qu’en 89, lorsque les Corses devinrent citoyens libres d’une nation libre et ratifièrent solennellement leur réunion à la France, ratification confirmée d’une façon plus éclatante encore en 1796, lorsque les Corses,

1. Voltaire raconte que, dans un engagement sur le Golo, les Corses se firent un rempart de leurs morts, pour avoir le temps de charger derrière eux avant de faire une retraite nécessaire ; leurs blessés se seraient mêlés parmi les morts pour raftermir le rempart!

après avoir été séparés de la France par les événements de la guerre révolutionnaire et par l'influence de leur héros Paoli, rejetèrent le joug anglais et revinrent spontanément à la France, sous l'influence d’un autre héros corse, devenu le vainqueur de l'Autriche, en attendant qu’il fût le dominateur de l’Europe.

La conquête de la Corse devait être la had extension territoriale de l’ancienne France‘.

On pourrait s'étonner que l'Angleterre eût vu si paisiblement ses rivaux s'emparer d’un poste aussi propre à dominer la mer Tyrrhénienne et les côtes d'Italie, et surtout aussi inquiétant pour les possesseurs de Minorque. L’Angleterre, en effet, soutenait mal sa fortune de la guerre de Sept Ans. Gette fortune, par un double effet contraire, grandissait comme fatalement dans l’Inde, où tout lui profitait, exploits et fautes, génie et crimes, mais, en Amérique, elle paraissait déjà prête à à crouler par son propre poids. Le gouvernement britannique ne montrait plus la vigueur ni la prudence nécessaires pour maitriser la situation intérieure et pour maintenir l’ascendant extérieur que l'Angleterre avait conquis par ses victoires : il retirait sa main des affaires de l’Europe et n’en dirigeait pas mieux les affaires du dedans. Des agitations confuses et stériles absorbaient ministres et parlements. Le favori du roi, lord Bute, avait démissionné peu de temps après la paix : des changements réitérés dans l’administration avaient ramené un moment au pouvoir William Pitt, devenu lord Chatam; mais une santé ruinée paralysait cette âme si forte, peu propre, d’ailleurs, aux affaires en dehors des moments héroïques, et Pitt ne fut que l'ombre de lui-même durant son second ministère. Il ne retrouva quelque chose de son éloquence et de son autorité qu’en retournant sur les bancs de l'opposition. Pendant ce temps, Londres était en proie aux troubles, sans grandeur et sans but sérieux ?,

1. Mém. de Dumouriez, t, Ier, liv. 1°. — Mercure historique, années 1768-1770. V .les tables, — Botta, Sloria d'Italia, t, IX, liv. xzvr.— La conquête de la Corse amena une querelle avec les Tunisiens, qui continuaient à pirater comme auparavant au détriment des Corses. Une escadre franco-maltaise bombarda Bizerte et Suze, en juillet et août 1770, et obligea le bey de Tunis à capituler. En 1765, la France et l'Espagne réunies avaient donné une semblable correction aux Marocains.

2. Non pas toutefois sans résultats pour l'avenir: car ce fut de ces mouvements ne datérent les progrès de la démocratie en Angleterre, par la publicité que les

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