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L'EUROPE ET LA POLOGNE

Louis XV essaya d’abord assez mollement, d'accord avec l’Autriche, de soutenir les prétentions de la maison de Saxe; mais le nouvel électeur, Christian de Saxe, étant mort peu de semaines après son père Auguste III, on abandonna son fils en bas âge et ses frères, qui n’avaient aucune chance. Le parti le plus raisonnable eût été alors de s'entendre, sans bruit, avec les Czartoriski, et peut-être même d’agréer les avances secrètes du candidat de la tzarine, de Poniatowski : Catherine, elle-même, offrit à la France d'agir de concert. Il eût été habile d'accepter, pour appuyer ensuite dans leurs projets de réforme, contre le machiavélisme de Catherine, les hommes qu’elle soutenait en ce moment. On n’en fit rien : Choiseul rejeta les propositions de la tzarine, garda ses liaisons avec le parti opposé aux Czartoriski et tâcha d'engager les Turcs à protester contre toute intervention russe en Pologne. Louis XV, pendant ce temps, prescrivait aux agents français, par le canal du comte de Broglie, chef de la diplomatie secrète, de ne pas contrecarrer l'élection de Poniatowski. La politique de la France n’était pas seulement d'accord avec elle-même!

Sur ces entrefaites, les diètines préparatoires s'étaient réunies. Les Czartoriski eurent le dessous. Ils appelèrent les Russes! Le plus grand des crimes politiques, l’appel à l'invasion étrangère, était passé en habitude dans ce malheureux pays. Les régénérateurs de la Pologne firent comrae les filles d’Éson, livrant leur père au couteau de la magicienne pour le rajeunir!

Au même moment apparut une double déclaration de la France et de l'Autriche, qui ne recommandaient aucun candidat, mais approuvaient d'avance toute libre élection, que l’élu fût un piast ou un étranger. La France promettait formellement de soutenir la libre élection (15 mars 1764). Le mois d’après, Catherine IT et Frédéric IT s’engagèrent, par un traité (11 avril), à empêcher qu’on établit l’hérédité et le pouvoir arbitraire en Pologne, à protéger les dissidents et à faire élire un piast. Ils publièrent une déclaration contre tout projet de démembrement. Les ambassadeurs russe et prussien à Varsovie avaient déjà empêché la publication d’un projet d’abolir la royauté pour la remplacer par un sénat, et signifié l'opposition de leurs maîtres à toute altération de la constitution polonaise dans quelque sens que ce fût. Gette vive solli-

citude, de la part de tels voisins, pour la constitution polonaise, suffisait pour juger cette constitution.

La diète de convocation, qui précédait celle d'élection, s’ouvrit je 7 mai. En présence des baïonnettes russes, les patriotes, parmi les incidents les plus dramatiques, déclarèrent la diète rompue et se retirèrent. Le parti Czartoriski resta et tenta d'accomplir sa réforme : il promulga une foule de règlements utiles; mais, quand il voulut toucher à l'impôt, et surtout au liberum veto, et remplacer l'unanimité par la pluralité des suffrages, la Russie et la Prusse l’arrêtèrent court. La diète, ou plutôt la minorité qui s'était constituée en diète après la retraite de la majorité, plia sous linterdiction de l’étranger quand il s'agissait de sauver la Pologne et ne retrouva d'indépendance que lorsqu'il s’agit de repousser les requêtes des dissidents, comme si le fanatisme religieux eût hérité dé l’énergie que ne réveillait plus le sentiment national. On alla jusqu’à enlever aux dissidents quelques-uns des droits qu'ils avaient conservés ou recouvrés! Les Czartoriski durent céder à la réaction insensée qui éclatait autour d’eux.

Les mouvements tentés par les patriotes, en Pologne eten Lithuanie, échouaient, malgré quelques brillants coups de main, durant ces débats législatifs à Varsovie. Le cabinet de Versailles n’était point en mesure et ne se souciait guère de remplir la promesse de secours qu’il avait jetée si légèrement, et le cabinet autrichien, qui était plus à portée d'agir et dont le concours était nécessaire à la France, ne voulait nullement donner ce concours. La mort de madame de Pompadour, que Marie-Thérèse ne craïgnait pas de déplorer officiellement, comme « une très-grande perte pour is roi et pour la France ',» venait de relâcher le lien de l’alliance austro-française; Marie-Thérèse et Kaunitz ne comptaient pas sur Choiseul comme sur la Pompadour et ne pardonnaient pas à ce. ministre d’avoir une politique à lui, au lieu d’être l'instrument passif de la politique autrichienne.

La France et l'Autriche firent cependant une démarche éclatante, mais toute négative : ce fut de retirer leurs ambassadeurs de Varsovie, par manière de protestation contre la violation de Ja

1. Correspondance du ministre des affaires étrangères dans Saint-Priest, 47.

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