‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 109 sur 346 · PONIATOWSKI · texte numérisé non relu

PONIATOWSKI

liberté électorale. Cela n’aboutit qu’à livrer entièrement le terrain aux Russes et aux Prussiens. Poniatowski fut élu le 7 septembre 1764, sur la recommandation officielle des deux puissances. Au lieu de cent mille cavaliers qui jadis inondaient le champ sacré de Vola, il n’était venu que quatre mille nobles à la diète où furent célébrés pour la dernière fois les rites des royales élections de Pologne.

L'opinion publique s’émut peu en France. On était habitué à : voir les étrangers imposer des rois à la Pologne; on n’aperçut là qu'une nouvelle crise d’un mal invétéré ; on ne comprit pas que cette crise différait des précédentes et qu’elle annonçait la fin. L'opinion, d’ailleurs, comme le fait remarquer le plus récent historien du Partage de la Pologne (M. de Saint-Priest), n’était point alors favorable aux Polonais. Le fanatisme que les jésuites avaient inspiré à ce malheureux pays, les tragiques souvenirs de l'affaire de Thorn, le refus de rendre aux dissidents l'égalité des droits, dépopularisaient la cause de l’indépendance polonaise dans cette société dominée par une philosophie cosmopolite qui comprenait beaucoup mieux les questions d'humanité que celles de nationalité. Rousseau et Mabli n’avaient point encore jeté le poids de leur autorité dans la balance. La Pologne heurtait l'opinion française ,.ou plutôt européenne, que Frédéric, et surtout Catherine, flattaient avec un art infini. Le grand Frédéric n’avait plus qu’à vivre sur sa renommée; mais la {zarine s’y prenait de façon à effacer le roi de Prusse lui-même aux yeux des philosophes. Elle envahit, dans les affections du patriarche de Fernei, la place qu'avait occupée Frédéric dans ses meilleurs jours; elle supplie d’Alembert de diriger l'éducation de son fils ; elle met la grâce la plus séduisante à imposer ses bienfaits à Diderot; elle envoie des secours aux Calas et aux Sirven; elle traduit en russe, de sa main impériale, le Bélisaire de Marmontel; elle annonce aux philosophes qu’elle a enlevé plus de cinq cent mille serfs à l’église moscovite, désormais salariée par l’État (il est vrai que c’est pour attribuer à l’État les serfs d'église) et qu’elle réunit à Pétersbourg les délégués de toutes les populations soumises à son empire, pour

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