CATHERINE II
Le jeu sérieux, pour Catherine, se jouait en Pologne. Les Gzartoriski renouvelaient leurs essais de réforme. Le nouveau roi, faible et léger, point malintentionné , était disposé à seconder ses oncles. La diète de couronnement, qui succéda à celle d’élection, entama le Ziberum veto en votant, à la pluralité, diverses réformes et une loi de douanes. Une amnistie rouvrit la Pologne aux patriotes qui s'étaient exilés après leur infructueuse prise d'armes. Catherine proposa de laisser la Pologne lever une armée permanente de cinquante mille hommes, à condition d’alliance offensive avec la Russie. On refusa : on lui offrit seulement une alliance défensive.
Catherine commença de se retourner contre ses anciens protégés : Frédéric IT l’y poussa de toute sa force. Il savait que Stanislas-Auguste rêvait d’épouser une archiduchesse et de se rendre héréditaire, et que l’Autriche l’entretenait dans cette espérance. Il avait un double motif pour exciter Catherine à s’absorber dans les affaires de Pologne; le premier était de faire échouer les projets de Stanislas et de ses oncles; le second était de faire perdre de vue à Catherine un grand dessein qui ne convenait nullement à la politique prussienne. La tzarine, jalouse de l’alliance du Midi, formée par Choiseul, prétendait organiser une alliance du Nord, où la Russie aurait la prépondérance. Choiseul eut vent de ce dessein, et, dès lors, il se rejeta, avec toute l’impétuosité de son caractère, vers ces intérêts du Nord et du continent qu'il avait tant négligés : il reprit la direction immédiate des affaires étrangères et chercha partout à susciter des embarras à Catherine, mais par hostilité contre la Russie, bien plus que par sympathie pour la Pologne : les mouvements de la Pologne ne furent pour lui qu'un moyen, quand son salut eût dû être le but.
La tyrannie russo-prussienne continua de se couvrir devant l'Europe du masque de la tolérance; des sommations réitérées
nonce contre la peine de mort, sauf une toute petite réserve : « Lorsqu'un citoyen privé de la liberté a encore des relations et une puissance qui peuvent troubler la tranquillité de la nation. » (Instruction 1'*, p. 77.) C'était sans doute en vertu de cette réserve que le tzarevitch Ivan, petit-neveu de Pierre le Grand, jadis écarté du trône par Élisabeth, venait d’être égorgé, le 16 août 1764, dans la prison où il était renfermé depuis l'enfance. Élisabeth et Pierre III avaient épargné ce prétendant dépossédé, mais Catherine n’avait pas de ces scrupules,
furent adressées à le diète polonaise par les deux puissances, en faveur des dissidents, en même temps qu’un casus belli était posé pour les atteintes au liberum veto et que les régiments russes allaient vivre en garnisaires sur les terres du roi Stanislas et de ses amis, afin de punir leurs velléités de résistance. Les réformateurs cédèrent sur le point capital, sur le liberum veto : la masse de la nation, c’est-à-dire la petite noblesse, montra une folle joie, comme si la liberté eût été sauvée : c’étaient kes patriotes qui, à leur tour, s’appuyaient sur les Russes contre les réformateurs'
Les dissidents, cependant, n’avaient point obtenu pleine satisfaction; les protestants se confédérèrent dans la Prusse polonaise, sous la direction d’un agent de Frédéric; quarante mille Russes entrèrent en Pologne pour les soutenir. Le gros de la noblesse catholique, également à l’instigation des Russes et des Prussiens, forma une autre confédération pour l'abolition des réformes que le parti Czartoriski avait établies depuis 1764! Les agents russes firent entendre que la tzarine permettrait le détrônement de Poniatowski (mars-mai 1767). C’est quelque chose d’effrayant que de voir à quel point une nation peut perdre l'instinct politique et méconnaître ses vrais dangers et ses vrais ennemis. Les délégués de la grande confédération de Radom, à peine réunis, furent cernés par les troupes russes et contraints de signer un acte qui réclamait la garantie de la Russie pour toutes les lois à établi dans la prochaine diète et la satisfaction complète des dissidents. Les Russes exercèrent les dernières violences dans les élections à la diète : lorsqu’elle fut rassemblée (octobre 1767), ils la forcèrent de déléguer des pouvoirs illimités à une commission qui tint ses séances chez l’ambassadeur de Catherine et ne fit guère qu’écrire sous sa dictée. Les évêques de Cracovie et de Kiovie, le palatin de Cracovie et son fils, ayant essayé de lutter contre cet insolent despotisme, furent enlevés et envoyés en Sibérie. La commission décréta l'égalité des dissidents avec les catholiques, sauf quelques réserves quant à l’éligibilité au trône et quant aux catholiques qui changeraient de religion; la nécessité du vote unanime fut consacrée pour toutes les décisions des diètes sur les affaires d'État. Il fut statué que ces lois ne pourraient plus être abrogées même par l'unanimité ! L'indigénat fut accordé en Pologne à une