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MASSACRES D’UKRAINE

seule ville d’'Humane. Il y eut en tout plus de cinquante mille morts. Les confédérés de Bar et,les paysans catholiques de la Grande-Pologne se vengèrent sur les dissidents, auxiliaires des Russes. La Pologne devint un théâtre d'horreur universelle.

Catherine trouva encore moyen d’éluder, aux yeux de l’Europe, la responsabilité des forfaits qu’elle avait soldés, et de laver le sang avec du sang. Elle sacrifia les malheureux qu’elle avait soulevés et fit livrer des masses de paysans ukraïniens aux tribunaux de. la république de Pologne : les potences s’élevèrent par milliers pour les meurtriers, au milieu des ruines sanglantes où étaient eniassés les cadavres des victimes. La confédération zaporogue, aussi redoutable à ses amis qu’à ses ennemis, finit par être dissoute par les Russes.

Une violation du territoire othoman, commise par les Russes en poursuivant un parti polonais, détermina enfin la Porte à l’intervention armée qu’avait provoquée Choiseul. Le sultan Mustapha déclara la guerre à la tzarine, après une dernière sommation d’évacuer la Pologne (septembre 1768). Choiseul comptait beaucoup sur le khan de la Petite-Tatarie, Krim-Gheraï, musulman demifrancisé, qui se faisait traduire Molière et qui a été un des premiers introducteurs des idées européennes dans l’islamisme. Ce khan, vassal de la Turquie, se jeta sur la Nouvelle-Servie ct enleva trente-cinq mille colons grecs, français, allemands, que Catherine avait attirés et fixés, à force de promesses, entre le Dniester et le Borysthène. Il allait pousser plus loin ses entreprises, quand il mourut, très à point pour la Russie et avec des symptômes fort suspects. Cette mort subite désorgan:isa les Tatars de la mer Noire et priva les armées othomanes d’un guide intelligent et courageux. Catherine eut le temps de se reconnaître. Elle congédia les députés assemblés pour la confection du fameux code et ne songea plus qu’à la guerre. Une banque fut établie avec cours forcé des billets, pour attirer dans les mains du gouvernement russe tout l'argent de l'empire. Frédéric II commença de payer à la tzarine-un subside annuel de trois millions, signifia aux Suédois qu’il prendrait parti contre eux s'ils s’alliaient aux Turcs, et donna des avis à Catherine sur le plan de la campagne.

Au printemps de 1769, les Russes prirent l'offensive et entrèrent

en Bessarabie. Leur première attaque contre la place forte de Choczim fut repoussée. Ils revinrent à la charge et se heurtèrent contre des masses énormes amenées par le grand vizir. Fermes et patients, mais peu nombreux et mal commandés, les fautes de leurs chefs devaient les perdre : l’effroyable indiscipline de l’armée othomane les sauva; cette armée, qui cernait les Russes et les avait réduits à l'extrémité, fut tout à coup dispersée par une panique (septembre 1769). La Moldavie et la Valachie furent tout entières abandonnées aux vainqueurs, étonnés de l'être.

Les confédérés de Bar ne se découragèrent pas : quoique en proie à ces divisions intestines qui étaient l'éternel fléau de Ja Pologne, ils avaient profité de la puissante diversion des Turcs pour étendre la guerre jusqu’en Lithuanie. L’indignation soulevée par les atrocités des chefs russes, des Drewitz, des Suwarow, ces tigres à face humaine, grossissait les rangs des patriotes. Les délégués des cent soixante-dix-neuf districts de Pologne et de Lithuanie se réunirent, en novembre 1769, à Biala, sur la frontière de la Silésie autrichienne, et résolurent de faire les derniers efforts pour chasser l'étranger. Les agents de la confédération furent chargés de consulter les philosophes politiques de la France sur la constitution à donner à la Pologne, une fois délivrée : merveilleuse puissance de l’esprit du siècle! L’insurrection, commencée au nom du saint-père de Rome, aboutissait à Rousseau. La philosophie se partagea dès lors entre la cause russo-prussienne et la cause polonaise. Catherine avait séduit Voltaire et Diderot; les Polonais invoquèrent Rousseau et Mabli, qui n’avaient jamais partagé les illusions de Fernei et de l'Encyclopédie sur la Sémiramis du Nord.

L’attitude du roi Stanislas-Auguste, des Czartoriski et du sénat était significative : malgré les menaces de Catherine, le parti Czartoriski avait maintenu la neutralité officielle du gouvernement polonais entre la Russie et la Turquie; les troupes de la couronne avaient cessé de seconder les Russes contre les confédérés. Une transaction entre les deux partis polonais était possible et désirable*. Malheureusement ni les confédérés ni leur protecteur

1. «Il faut, écrivait Rousseau un peu plus tard, faire couper la tête au roi que l:3 étrangers vous ont donné, ou, sans avoir égard à sa première élection, qui est

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