GUERRE DE POLOGNE. DUMOURIEZ
Choïiseul ne le comprirent. Choiseul envoya des artilleurs, des ingénieurs, de l'argent, avec un officier qui s'était signalé en Corse, le colonel Dumouriez, depuis si célèbre (juillet 1770) ; mais cet agent, dans l'intérêt de la maison de Saxe, s’opposa à ceux des chefs polonais qui voulaient la fusion des partis, et contribua à faire prononcer, pæ la confédération, la déchéance de Poniatowski. Dumouriez servit mieux les Polonais dans les combats que dans les conseils. Sur la fin de 1770, la confédération, adossée aux Carpathes, maîtresse de quelques places à peu près fortifiées, victorieuse dans divers engagements, était dans la meilleure situation militaire où elle se fût encore trouvée.
Succès trompeurs, qui ne devaient qu’accélérer la catastrophe ! Pendant ce temps, les événements qui se passaient au sein de l'empire othoman renversaient les espérances de Choiseul et des confédérés. Il courait, parmi les Grecs, des prophéties déjà anciennes, sur une nation blonde qui devait chasser les Turcs d’Europe. Cette trädition et la conformité de religion tournaient depuis longtémps vers la Russie les regards des Grecs et des Slaves, sujets de la Turquie. L’Allemand Munich, l’homme le plus intelligent qui eût gouverné ou servi la Russie depuis Pierre le Grand, avait le premier essayé d’exploiter les sympathies grécoslaves. Catherine avait repris cette idée, et l’appliquait en grand. Elle avait suscité contre l’empire othoman une vaste conjuration dont les foyers principaux étaient le Montenegro et la Morée. Le mouvement du Montenegro éclata prématurément et fut comprimé; mais l'agitation continuait en Grèce. Dans l’automne de 1769, onze vaisseaux de ligne russes franchirent le Sund et arri-
èrent dans les ports anglais. Des officiers et des matelots anglais s’'installèrent à bord de ces navires pour diriger l'ignorance des marins russes. L’Angleterre sacrifiait ses intérêts politiques essentiels à l'intérêt commercial du moment (elle avait à obtenir le renouvellement d’un traité de commerce avec la Russie) et au plaisir de contrecarrer la France. L’escadre partie du golfe de Finlande entra dans la Méditerranée en novembre 1769. La France
de toute nullité, l'élire de nouveau; » c’est-à-dire écraser sous un exemple terrible le crime invétéré de l'appel à l'étranger, ou bien accepter sans réserve le repentir du soupable couronné.
et l'Espagne n’attaquèrent pas les Russes, de peur que l'Angleterre ne les soutint. On n’était pas prêt à la guerre maritime, et surtout Louis XV la redoutait, si Choiseul l’appelait de ses vœux. L'opinion, d’ailleurs, ne provoquait pas la guerre à cette occasion. Catherine faisait célébrer d’avance, par toutes les trompettes de la renommée, la délivrance de la Grèce, du pays de Sophocle et de Léonidas, et le vieux Voltaire pleurait de joie en pensant qu’Athènes allait être libre.
Catherine avait projeté d’envelopper l'empire othoman dans une quadruple attaque par terre et par mer, et de l’abattre d’un seul coup. Les forces russes ne répondaient pas à ce plan gigantesque. À l'apparition des premiers vaisseaux russes, les montagnards du Magne, qu’on appelait déjà à Fernei les Lacédémoniens, se soulevèrent, entraînèrent quelques populations moréotes et Missolonghi, cette ville aux destinées lügubres et glorieuses. Mais les Russes n’avaient presque aucunes troupes de débarquement; ils ne furent pas en état de défendre leurs alliés contre le torrent d’Albanais que la Porte précipita sur le pays rebelle. L’insurrection fut étouffée dans des flots de sang. Russes et Grecs s'étaient trompés réciproquement sur leurs forces respectives : il en coûta cher aux malheureux Grecs. Quant aux Russes, ils se consolèrent par une grande victoire navale. Le 5 juillet 1770, leur flotte détruisit celle du capitan-pacha dans le golfe de Tehesmé, entre Chio et la côte de Smyrne. Ils pouvaient frapper un coup plus décisif. L’Anglais Elphinston, véritable auteur de leur victoire, voulait forcer les Dardanelles, qui n’étaient point en défense, et faire voile droit à Constantinople. Le commandant russe, Alexis Orloff, le meurtrier de Pierre IT, refusa d'avancer jusqu’à l’arrivée d’un renfort. Ce délai sauva la capitale de l'empire turc. Le Hongrois Tott, agent de Choiseul, organisa l’artillerie othomane et mit les Dardanelles en défense.
Des trois autres attaques lancées par Catherine, deux échouèrent, l'expédition de Géorgie et l'armement maritime préparé dans le Don; mais la troisième réussit. Tandis qu’un corps d’armée faisait face aux Turcs sur le Danube, un autre corps se retournait contre la Moldavie tatare ou Bessarabie. Le 30 juillet 1770, l’armée othomane, qui marchait au secours de la Bessa-