‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 117 sur 346 · DU BARRI. MAUPEOU. TERRALI · texte numérisé non relu

DU BARRI. MAUPEOU. TERRALI

il en surgit dans les temps d'orage; également audacieux, sans scrupule et sans foi, l’un, le chancelier, sous les formes d’abord souples, puis arrogantes d’un affranchi des Césars, l’autre, le contrôleur, sous les formes cyniques d’un satyre, dont il avait le visage et les mœurs. On avait représenté l'abbé Terrai au roi et à Choiseul, comme seul capable de trouver, et surtout de soutenir imperturbablement les moyens extrêmes devenus nécessaires pour prévenir l’écroulement immédiat des finances. Terrai, en effet, avait un esprit net et vigoureux au service de son immoralité. Une dépravation insensée avait mené le gouvernement à la ruine financière : une dépravation intelligente allait suspendre pour un moment cette ruine. Terrai ne savait ce que c’est que le juste et l’injuste; mais il connaissait fort bien le possible et l’impossible.

Il vit qu’à la fin de 1769 la dépense excédait le revenu de 63 millions; la dette exigible atteignait 110 millions; les anticipations sur les revenus futurs dépassaient 161 millions; l’année 1770 était dévorée d'avance, avec les deux premiers mois de 1771, et les banquiers et financiers refusaient de faire de nouvelles avances pour 1770. Les principaux services allaient se trouver désorganisés. Devant l'opposition du parlement et la chute du crédit, l’on ne pouvait recourir à de nouveaux impôts, à de nouveaux emprunts, à de nouvelles anticipations. Quelques héritiers des traditions de Law proposaient le papier-monnaie. Terrai n’y croyait pas. Puisqu’on ne voulait point aborder les grandes réformes, il ne restait donc que deux ressources : l’économie et la réduction de la dette, c’est-à-dire la banqueroute partielle. L'économie, telle qu’on pouvait la proposer à ce gouvernement, était tout à fait insuffisante à elle seule; et la réduction, de son côté, pour suffire, eût dû être poussée jusqu’à la banqueroute totale, ce qui semblait par trop téméraire, même à Terrai. Il dressa son plan d’après les deux ressources réunies. Il proposa des diminutions de dépenses sur la maison du roi etsur les divers ministères, et il commença la série de ses opérations sur la dette.

1. C’est le chiffre donné par M. Maynon d'Invau. D’après les documents que possède la famille de l’abbé Terrai, le déficit réel aurait même atteint 76,774,000 fr. Nous ignorons sur quoi porte cette différence d'évaluation.

Le 7 janvier 1770, il suspend l'amortissement pour huit ans et destine son fonds (18 millions par an) à rembourser les anticipations; le 18 janvier, il convertit les tontines en simples rentes viagères (spoliation dont il n’évalue pas le produit à moins de 150 millions, répartis sur un assez grand nombre d'années), le 20 janvier, il réduit à quatre et à deux et demi pour cent les arrérages d’une masse d’effets antérieurement consolidés à cinq pour cent ; les 29 janvier et 4 février, nouvelles retenues sur les pensions, avec effet rétroactif', sur les bénéfices des fermes, etc.; 18 février, suspension indéfinie du paiement des rescriptions sur les recettes générales, billets des fermes et autres effets remis aux financiers qui avaient avancé des fonds au Trésor; il y en avait au moins pour 200 millions; on assigne à ces effets un intérêt de quatre et demi à 5 p. */, et l’on établit pour eux un nouvel amortissement. Un emprunt de 160 millions, à 4 p. °/, est ouvert sur l'Hôtel de Ville (la classe privilégiée des rentes); on admet, pour moitié, dans les versements, les effets dont les arrérages et intérêts ont été réduits Le 20 janvier, et, pour l’autre moitié, les rescriptions suspendues le 18 février. C’est une nouvelle consolidation indirecte et partielle. En même temps, l’intérèt légal des constitutions de rente est reporté à 5 p.°/, pour ranimer la circulation de l'argent. Les mesures violentes n’en continuent pas moins. À côté d’un nouvel emprunt de 25 millions sur les receveurs généraux, un emprunt forcé de 28 millions est levé sur les secrétaires du roi et autres officiers royaux (février). On suspend pour quatre ans tous les remboursements à opérer par les corps, communautés, eic., qui ont emprunté, soit pour le roi, soit pour eux-mêmes, et les fonds sont détournés à l’amortissement dés rescriptions et assignations (25 février); bientôt on en vient à violer les dépôts judiciaires, dont on remplace les espèces par des effets du Trésor, effets discrédités sur la place. D'un autre côté, on presse, on tord, pour ainsi dire, les impôts, afin de leur extorquer tout ce qu'ils peuvent rendre. Terrai, après avoir remis

1. On annonça que les retenues seraient progressives, et, en effet, les pensions moyennes subirent une réduction proportionnellement plus forte que les petites ;

mais les plus grosses, celles des courtisans et des gens en faveur, furent épargnées.

Tout était mensonge! V. Monthion, Particularités sur les ministres des finances, p. 168.

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