COMPAGNIE DES INDES
les profits du commerce, 120 millions de revenus, dont l’état s’attribuait à peu près 50.) D’autres opérations, plus obscures, agitaient plus le peuple que la ruine de la Compagnie des Indes, ou même que la banqueroute de l’abbé Terrai, et ces opérations eurent de bien plus terribles conséquences. Nous reviendrons bientôt sur la question des céréales : il suffit de faire remarquer en ce moment le contraste choquant que l’on eut à signaler entre la ruine de tant de particuliers spoliés par le ministre et la misère du peuple causée par la cherté des grains, d’une part, et, de l’autre, les dépenses énormes qu’ordonna le roi pour le voyage et la réception de la nouvelle dauphine. On prétend, sans doute avec exagération, que ces dépenses dépassèrent 20 millions. Parmi les magnificences de ces fêtes, des présages funestes semblèrent annoncer le sort réservé à la tragique union de Louis XVI et de Marie - Antoinette! Le feu d’artifice offert par la ville de Paris aux royaux époux, le 30 mai, sur cette place Louis-Quinze qui devait être un jour la place de la Révolution, se termina par une panique où s’étouffa, où s’écrasa la foule immense à laquelle on n’avait pas préparé des débouchés suffisants : plusieurs centaines de personnes périrent.
Quelques semaines après ce malheureux événement, le parlement de Paris, assez complaisant tout à l’heure sur les finances, rentra violemment en lutte avec la cour sur un autre terrain. La Chalotais, le parlement de Rennes, les États de Bretagne, avaient continué à demander justice de d’Aiguillon, depuis que le roi l'avait retiré de cette province. L’ex-gouverneur, outre les griefs relatifs à son administration, était accusé d’avoir suborné des témoins dans le procès de La Chalotais; on faisait même entrevoir le soupçon d’une tentative d’empoisonnement contre le procureur -général captif, chose bien plus invraisemblable que le reste. D’Aiguillon lui-même pria le roi de lui donner pour juge le parlement garni de pairs. La cour des Pairs fut convoquée à Versailles, sous la présidence du roi en personne (4 avril 1770), afin, dit le chancelier Maupeou, « de laver la pairie des crimes d’un pair, ou un pair des crimes qui lui sont imputés. » Ce procès solennel se développait régulièrement depuis près de trois mois, avec de nombreuses péripéties, lorsque Louis XV le trancha brus-
quement, par un lit de justice, le 27 juin. Le roi, considérant, ditil, que les incidents de la procédure tendent à soumettre à l’'inspection des tribunaux le secret de son administration, l'exécution de ses ordres et l'usage personnel de son autorité, convaincu que la conduite du due d’Aiguillon et de ceux dénommés dans les informations (La Chalotais et autres) est irréprochable, annule les procédures, les plaintes réciproques, etce., et impose le silence je plus absolu sur le tout.
On ne pouvait être plus inconséquent ni plus dédaigneux de toute forme judiciaire. Les incidents du procès n'avaient rien qu’on n’eût dû prévoir; mais le chancelier ne cherchait que le prétexte d’une grande querelle avec le parlement. Le parlement, en effet, accueillit avec indignation cette intervention arbitraire du pouvoir personnel dans le cours de la justice, intervention qui, du reste, avait eu de nombreux précédents êt avait assuré l’impunité de bien des coupables, avec des circonstances et dans des occasions moins éclatantes. Le parlement, par arrêt du 2? juillet, déclara que les informations, contrairement aux lettres patentes du 27 juin, contenaient des commencements de preuves graves de plusieurs délits compromettant l'honneur du duc d’Aiguillon, et que le duc devait donc s'abstenir de faire aucunes fonctions de pairie, jusqu’à ce qu'il se fût purgé par jugement. C'était jeter le gant en face à l’absolutisme royal
Le conseil cassa l'arrêt du parlement. Après d’inutiles remontrances, le parlement arrêta de nouveau que le procès ne pouvait
tre censé terminé par un acte arhitraire de l’autorité absolue (31 juillet). Le 14 août, le parlement de Rennes fit brûler par le bourreau deux mémoires et consultations en faveur du duc d’Aiguillon, et refusa d'enregistrer des lettres patentes qui cassaient un arrêté par lui rendu contre des membres de l’ex-parlement d'Aiguillon. Le roi fit emprisonner deux conseillers et enregistrer de force, à Rennes, les arrêts du conseil. Le parlement de Rennes proteste et envoie aux autres cours communication des informations qu’il a faites contre d’Aiguillon et ses fauteurs. Les autres cours prennent parti pour les parlements de Paris et de Rennes. M. de Calonne, qui, de procureur-général près la commission instituée pour juger La Chalotais, est devenu intendant de Metz,