‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 121 sur 346 · PARLEMENTS MAUPEOU · texte numérisé non relu

PARLEMENTS MAUPEOU

des nouvelles à la main bravaient la police et répandaient partout les détails des turpitudes de Versailles; des placards terribles, œuvres non point de factions ou de conspirations qui n’existaient pas encore, mais de colères individuelles, apparaissaient de temps en temps sur les places publiques. On lut un jour, au bas de la statue de Louis XV, ces paroles : Arrêt de la cour des monnaies, qui ordonne qu'un Louis mal frappè sera refrappé.

Le ministère poursuivit son ouvrage. Toutes les juridictions qui résistaient furent brisées : c'était la table de marbre, qui jugeait en dernier ressort ce qui regardait les eaux et forêts; c’étaient le bureau des finances, le siége général de l’amirauté, etc.

D’août en novembre 1771, tous les parlements provinciaux et plusieurs chambres des comptes, cours des aides, etc., furent dissous et réorganisés sur le nouveau pied. Non-seulement la haute bourgeoisie, mais la noblesse, adversaire accoutumée des gens de robe, se montra en général sympathique au désastre de la magistrature, soit qu’elle fût emportée par le sentiment général d’hostilité contre l’entourage du roi, soit qu’elle pressentit, dans la chute d’un établissement aussi ancien et aussi considérable, le péril imminent de toute la vieille société. Deux gouverneurs de province démissionnèrent plutôt que de prêter la main à la destruction des parlements de Toulouse et de Rouen. Le haut clergé seul se réjouit avec imprévoyance du coup qui vengeait les jésuites.

L'abbé Terrai avait les mains libres, depuis qu’il n’y avait plus à craindre de refus d'enregistrement. Les économies qu’il avait demandées n’ayant pas été exécutées, il augmenta les impôts, tailles, vingtièmes, gabelles ‘, dons gratuits; il rendit la justice beaucoup plus coûteuse que lorsqu'elle n’était pas gratuite, en augmentant énormément les droits de greffe, de contrôle, etc.; il créa des taxes nouvelles et une multitude de petits offices nouveaux; il supprima d’autres offices ; il renversa les ordonnances municipales de 1764, en rétablissant, pour les charges municipales, la vénalité qu’on venait d’abolir pour les cours de justice;

1. Au moment de la chute des parlements, l’administration avait préparé un plan pour le nivellement de l’impôt du sel. Terrai y renonça et augmenta purement et simplement la gabelle d’un cinquième.

288 LOUIS XV. (2771-1779 en vrai financier du moyen âge, il doubla, au profit du fisc, non-seulement les péages qui appartenaient au roi, mais ceux qui appartenaient aux seigneurs ; il révoqua toutes les aliénations des domaines et de divers droits, les unes sans aucun remboursement aux aliénataires, les autres en chargeant le trésor de leur payer une faible rente; il fit évaluer arbitrairement tous les offices, et taxa les titulaires à 1 pour 100 par an du capital, en sus des retenues que subissaient tous les gages et rentes ‘; il abolit toutes les exemptions de droits, d'aides, de gabelles, de traite foraine et de franc-fief, sans indemnité aux villes ou aux particuliers qui les avaient achetées : il se procura 50 millions par des émissions de rentes viagères à 10 pour 100, il arriva, par d’innombrables opérations bursales, à augmenter la recette de 34 millions et à rembourser une assez grande partie des effets suspendus, de façon à remettre à flot des financiers dont il avait besoin; il se vanta d’avoir dépassé l'équilibre de 5 millions en faveur de la recette pour 1773; mais, ce qui est sûr, c’est que, dans son propre plan pour 1774, le déficit, qu’il avoue en partie, se retrouve dépasser 40 millions. (Il en avoue passé 27.) Il avait demandé des économies à la cour, elle avait répondu par de nouveaux accroissements de dépenses ?.

On pense bien qu’un ordre véritable était incompatible avec une telle immoralité. Terrai avait déjà détourné en partie les fonds de son nouvel amortissement, après avoir détruit l’ancien. Il avait renouvelé le bail des fermes générales à 135 millions : tout étant convenu, il annonce aux fermiers que leurs places sont grevées de croupes (parts de faveur) et de pensions pour 2 millions. Les fermiers se récrient : il les menace de ne pas leur rendre les fonds déjà avancés. Il faut en passer par les ? millions. Ce trait, parmi cent autres, indique la vraie physionomie de ce ministère de coupeur de bourse.

Terrai achetait, par toutes les exactions et les malversations imaginables, l'appui du parti Du Barri. La Pompadour, au moins,

1. Terrai fixa ces retenues à un dixième sur les rentes viagères et les gages, un cinquième sur les intérêts des cautionnements et les bénéfices des fermiers-généraux, et un quinzième sur les rentes perpétuelles,

2. T millions pour la maison civile du roi et l'apanage du comte d’Artois, etc,

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