Mémoires de Choiseul, t. Ier, p
2. Par exemple, si le blé, cher dans le pays, est beaucoup plus cher encore à l'étranger
3. Pendant ce temps, le parlement de Dauphiné, province que la disette n'avait point encore atteinte, demandait, au contraire, au roi la liberté indéfinie, sans bornes et sans droits, du commerce des grains, et vantait les progrès qu'avait faits la culture depuis l’édit de 1764. (Avril 1768.)
un même compte, sur divers marchés de l’Europe. Les entreprises des particuliers ne peuvent être aussi immenses. Il n’y a qu’une société dont les membres sont puissants en crédit, qui soit capable d’un tel effort; on a reconnu l'impression du pouvoir, les pas de l’autorité... le négociant spéculateur ne s’y est pas trompé : les enarrhements (achats en greniers) ont été faits à l'ombre de l’autorité, par gens qui bravaient toutes les défenses; nous en avons la preuve dans nos mains... La défense de poursuivre manifeste l’existence des coupables, la crainte qu’ils ne soient découverts, le désir de les soustraire à la peine. Cette défense du trône change nos doutes en assurance !.… » (29 octobre 1768.)
Le ministre de la maison du roi, Bertin, agent confidentiel de toutes les affaires privées de Louis XV, répondit au parlement de Rouen que ses réflexions « n'étaient que des conjectures, et des conjectures peu conformes au respect dû au roi; que le parlement les avait accueillies sans preuves, et n’avait pas approfondi les faits!» Le parlement de Rouen adressa sa réplique au roi même. « Quand nous avons dit que ce monopole existait, et qu’il était protégé, à Dieu ne plaise, sire, que nous eussions en vue Votre Majesté! mais peut-être quelques-uns de ceux à qui vous distribuez votre autorité. »
Le successeur de Louis le Grand en était à se défendre, et à se mal défendre, d’être un accapareur de grains! Cet inconcevable dialogue atteste positivement l’existence de ce qu’on a nommé le PACTE DE FAMINE‘.
Qu’était-ce donc que le PACTE DE FAMINE, ce spectre sanglant évoqué tant de fois, comme le démon des vengeances, dans les journées les plus funèbres de la Révolution ?
Nous ne remonterons pas jusqu'aux spéculations inhumaines qui avaient eu lieu dans d’autres temps, et auxquelles font allusion divers passages de Saint-Simon et même un sermon de Massillon; nous ne rechercherons pas les abus auxquels avaient sans doute donné lieu les baux des blés du roi, c’est-à-dire les marchés passés par le gouvernement pour l’approvisionnement soit
1. Nous avons puisé ces importants détails dans le vaste ouvrage de M. Floquet, si plein de documents utiles et curieux, Hist. du parlement de Normandie, t. VII, p. 421-432.