‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 127 sur 346 · Louis Blanc, Hist. de la Révolution, t. Ier, p · texte numérisé non relu

Louis Blanc, Hist. de la Révolution, t. Ier, p

4, Diderot les retoucha, mais n’eut à y mettre que de la correction; la flamme y était,

tient que les phénomènes de la vie économique des nations et de leurs, rapports internationaux sont trop compliqués pour qu’on puisse les gouverner par un principe unique ; que la marchandise qui est la vie même des peuples, le blé, n’est pas une marchandise comme une autre; qu’on aurait dû détruire tous les obstacles intérieurs à la circulation avant d'ouvrir les frontières, attendu que le premier de tous les commerces pour un peuple est celui qu’il fait avec lui-même; qu’il serait insensé aux gouvernements de laisser les choses aller d’elles-mêmes en se confiant à ce niveau naturel qui tend toujours à se rétablir, attendu que les populations pourraient fort bien mourir de faim dans l'intervalle. IL fait entendre qu’on ne peut procéder ainsi par mesures isolées, et qu’il ne faut toucher à rien, si l’on ne veut toucher à tout. Il conclut non par la prohibition, mais par la proposition d’un droit fixe à l’exportation, qu'on emploierait à racheter les péages, les droits de halle, de marché, de minage, qui gênent le commerce intérieur; on n’exporterait que chez les peuples qui accorderaient la réciprocité. Un de ces Dialogues contient un passage dont la sagacité recevra bientôt une terrible justification : c’est sur la fausse sortie du blé. « La sortie ne sera qu’apparente, lorsque les monopoleurs le feront passer hors des frontières, soit dans une petite souveraineté enclavée dans le royaume, soit dans les villes frontières, sans le vendre. Ils affameront la province, feront disparaître le blé, et, lorsqu'il sera monté excessivement, ils le feront rentrer comme s’il venait des pays les plus éloignés. Les îles de Jersey et de Guernesey seront l'entrepôt furtif des blés de Bretagne, et d’autres pays le seront des autres provinces...? »

1769 n’avait pas été plus heureux que 1768; l’année 1770 avait commencé de même. Les émeutes se multipliaient dans diverses provinces. Le gouvernement parut céder à la clameur publique. Déjà Terrai avait empêché la publication de la réponse de l'abbé

1. L'objection de Galiani était très-fondée : tous ces droits, joints à la vicille police des grains, qu’on n’avait point abolie, rendaient presque illusoires les édits qui accordaient la libre circulation.

2. Dialogues sur le commerce des blés, ap. Mélanges d'économie politique, t. IT, p. 164; Guillaumin, 1848, À

Page 1