‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 132 sur 346 · RUSSIE. AUTRICHE. TURQUIE · texte numérisé non relu

RUSSIE. AUTRICHE. TURQUIE

et, maître de disposer de la Suède, il était fort désireux d’en employer les ressources à reconquérir les provinces enlevée par Pierre le Grand au Suédois. L’inaction de la France ne permit pas à Gustave de tenter une entreprise dont l'alliance russo-prussienne rendait le succès impossible. Les Turcs ne surent point tirer parti de leurs avantages. Au printemps de 1774, les Russes rentrèrent en Bulgarie : le grand visir se laissa b'oquer dans son camp et réduire à une capitulation désastreuse. Azow, Jeni-Kalé, Kinburn, la partie de la petite Tartarie entre le Borysthène et le Bug, furent cédés à la tzarine. L'empire othoman renonça à la suzeraineté de la Crimée, qui devint indépendante en attendant qu’elle devint russe, et la libre navigation dans les mers othomanes fut accordée aux Russes (10 juillet 1774). Catherine, débarrassée de la guerre étrangère, écrasa les Cosaques rebelles, et la Russie s’affermit à loisir dans ses usurpations. L’avide Autriche, de son côté, non contente d’avoir compensé, aux dépens de la Pologne, ses pertes des guerres de 1733 et de 1740, se fit payer par la Turquie, aux dépens des Moldaves, les services promis et non rendus, et obtint la cession d’un canton important de la Moldavie, la Bukowine, qui commande le haut du Pruth.

Tandis que les puissances de l’Europe orientale s’agrandissaient par un crime hardi, le gouvernement de la France s’affaissait dans les vices énervants. Despote avili, il ne réussissait pas à se faire craindre, quoique beaucoup de citoyens fussent atteints par son arbitraire dans leur liberté ou dans leurs intérêts, et que la Bastille fût toujours pleine. Personne ne lui résistait, mais tout le monde le méprisait. Il était douteux que cette patience durût longtemps encore. La cherté du blé, qui subsistait toujours, ën partie par la faute de la nature, en partie par celle des hommes,

tave débuta par abolir la torture après son coup d'état. — Tous les philosophes, excepté Frédéric, avaient été d'accord pour déplorer une autre révolution en sens inverse, arrivée en Danemark au mois de janvier précédent. celle qui jeta des marches du trône à l’échafaud le médecin-ministre Struensée. La pleine liberté de la presse établie, les priviléges de la noblesse entamés , l’autorité assez pesante du clergé luthérien réduite, le divorce facilité, avaient signalé l’administration, louable à beaucoup d’égards, imprudente sous quelques autres, du parvenu que l'amour d'une reine avait imposé au faible roi Christiern VII. Une autre reine, la mère de Christiern, abattit le ministre bourgeois et philosophe par une conspiration de la haute noblesse luthérienne, Les réformes de Struensée périrent avec lui.

occasionnait de fréquentes émeutes, surtout dans le Midi! : le peuple ne s’en prenait encore matériellement qu'aux boulangers, aux officiers municipaux, aux agents subalternes du pouvoir royal; mais il commençait à comprendre que le grand accapareur était à Versailles?. Quant aux classes aisées, leur opposition offrait un mélange des vieilles habitudes de gaieté railleuse et du sérieux qui gagnait l’esprit français. La plaisanterie devenait un glaive : l'ironie montait jusqu’au génie. Maupeou avait trop compté sur la légèreté et l'humeur oublieuse de la France : il avait espéré que, le premier feu jeté, on s’habituerait à ses parlements. On ne s’y habituait pas, et un de ces coups dont un établissement nouveau ne se relève point leur fut porté, en 1773, par un procès vulgaire dont un homme d’un prodigieux esprit fit un événement européen. Nous n’avons point à nous étendre ici sur Beaumarchais, homme d’entreprise et de finance, homme de cour, homme de plaisir, homme d’intrigue, homme de lettres enfin et philosophe à son loisir, espèce de Voltaire inférieur, mais chez qui les affaires sont au premier rang, et les lettres au second*. On sait comment d’un petit incident, de quinze louis exigés par la femme d’un conseiller pour obtenir une audience de son mari, Beaumarchais sut faire sortir l’avilissement de toute la nouvelle magistrature, et comment il apprit au public ce que coûtait la justice gratuite de Maupeou. Si Beaumarchais se montre quelque part le fils légitime de Molière, c’est moins dans ses deux comédies, si charmantes et si étincelantes, mais un peu factices et d’un goût équivoque, que dans les dialogues des Mémoires contre Goëzman et Marin. Il suffit de dire, pour sa gloire, que Voltaire en fut jaloux et converti : le patriarche se crut presque menacé d’un successeur et déserta la cause des parlements Maupeou.

Les chefs de ce gouvernement si décrié ne savaient pas même s’entre-soutenir contre l'hostilité publique. Chacun des triumvirs

1. Le maire d'Albi fut tué dans une de ces séditions ; à Montauban, l’émeute ne fut réprimée que par une fusillade meurtrière. Sur un autre point, les soldats refusèrent de faire feu.

2. On se rappelle le cri de la foule, aux 5 er 6 OCTOBRE. « Allons chercher le boulanger à Versailles. » Le crime royal avait cessé, la tradition restait,

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