Droz, Hist, du règne de Louis XVI, &. I‘, p
posé beaucoup plus Autrichien qu’il ne l'était en réalité, avait suggéré au dauphin des préventions tenaces contre la fille de Marie-Thérèse, instrument par lequel son ambitieuse mère prétendait, disait-on, gouverner la France. Il y avait plus : c’est que Louis XVI n’était pas jusque-là véritablement l’époux de Marie- Antoinette. Une infirmité secrète, un vice de conformation dont l’art des médecins parvint à triompher un peu plus tard, lui faisait désespérer d’avoir jamais des héritiers‘.
Le vrai caractère de Louis XVI, ignoré à son avénement, méconnu plus tard par d’autres causes, apparaît dans deux documents vraiment précieux, et qui produisent des impressions bien différentes. L’un est le Journal écrit de sa main pendant son règne?; l’autre, rédigé par lui avant son avénement, est intitulé : Mes réflexions sur mes entretiens avec M. le duc de Vauguyon*. Le Journal est d’une incroyable monotonie : la chasse, les repas et la messe envahissent toutes les pages : — « J'ai manqué deux chasses. — J'ai mal digéré. » — Il ne trouve guère d’autres événements à consigner dans ces formidables journées qui décidèrent de son sort et de celui de la France ! il inscrit dans ses comptes des dépenses de quatre sous! On ne rencontre là qu’innocence et pauvreté d'esprit. Les Réflexions sont toute autre chose. Dans ce travail, très-médité, le sens droit, mais un peu banal de Louis, atteint parfois beaucoup plus haut qu’on ne pourrait s’y attendre : il y a quelquefois de l'élévation, toujours de la sensibilité. C’est comme un reflet du duc de Bourgogne qui arrive à Louis XVI par le feu Dauphin son père. Quant aux principes, c'est l’absolutisme tempéré par le sentiment chrétien. Le roi est le pouvoir unique. La législation est à lui seul. Il a le droit de mettre des impôts pour les nécessités de l’état (sans consulter ses sujets), mais le devoir de l’économie. Quelques maximes de Rousseau et des économistes se glissent à travers ces données du passé. Par exemple, le souverain ne doit légiférer que par des actes généraux. Il y a de longues considérations sur la connais-
1. Droz, Hist, du règne de Louis XVI, t. Ier, p. 122. Il y a de fréquentes allusions à cette circonstance dans les Mémoires secrets, dits de Bachaumont,
2. Publié par extraits dans le t. V de la Revue rétrospective.