‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 138 sur 346 · LA REINE ET LES PRINCES · texte numérisé non relu

LA REINE ET LES PRINCES

Louis XVI a encore un autre frère, Charles, comte d’Artois, qui diffère également de ses deux aînés. Celui-là, étourdi, bruyant et libertin, avec le cœur ouvert et l’humeur facile, a les défauts de la jeunesse sans qualité saillante ni caractère déterminé. Parmi les princes du sang, les Condé, avec des dispositions assez militaires, semblent toutefois trop médiocres pour être appelés à un rôle un peu notable; le duc d'Orléans, petit-fils du régent, n’aime que les plaisirs de la vie privée. Deux princes seulement sont aptes à faire figure dans les temps qui se préparent; l’un est ce Conti, intelligence active et inquiète, qui a figuré souvent dans nos récits, mais dont une vie déréglée précipite la vieillesse ; l’autre est le fils du duc d'Orléans, Philippe, duc de Chartres, ami des débauches bruyantes et de toute espèce de bruit et de mouvement; il prend de son siècle le goût des innovations, quelles qu’elles soient, comme le comte de Provence en prend le scepticisme. On le trouvera partout où se produira une idée nouvelle ou un fait nouveau, sans qu’il y ait là ni un amour fort éclairé et fort sérieux du progrès, ni des calculs d’ambition aussi profonds qu’on le supposera plus tard. Il remue pour remuer, sera toujours emporté par les événements et ne les dirigera jamais.

Louis XVI débuta par un acte de sévérité mal soutenu, suivi d’un acte de faiblesse. IL envoya dans un couvent Me Du Barri, et lui permit bientôt d’en sortir pour se retirer dans sa belle terre de Louvecienne, près Marli'. Le public comptait bien que le ministère suivrait la favorite. Louis XVI n’avait point encore de parti pris à cet égard; mais, sentant qu'aucun des triumoirs ne méritait confiance, il chercha en dehors du cabinet un conseiller intime qui püt guider son inexpérience. La reine, docile à l'impulsion de sa mère, eût souhaité le rappel de Choiseul : Marie- Thérèse, quoique Choiseul se fût montré beaucoup trop français pour la satisfaire, l’eût mieux aimé aux affaires étrangères que d’Aiguillon, qui avait recherché l'appui de la Prusse. La cour formait assez généralement le même vœu, et le public n’y était point défavorable; mais les préventions du roi furent invincibles. Il

horreurs qu’on débite sur la reine à la cabale du chancelier et des tantes du roi. L’accusation nous paraît injuste ou exagérée quant à Mesdames tanies. 1. Elle mourut sur l’échafaud pendant la Terreur.

déclara que l’homme qui avait manqué de respect à son père ne serait jamais son ministre. Il soupçonnait Choiseul d’avoir fait plus que d’offenser son père, et des insinuations aussi atroces qu'invraisemblables avaient laissé trace dans son esprit.

La première pensée du roi se porta sur un homme d'état éloigné des affaires depuis dix-sept ans, sur M. de Machault. Louis savait que son père avait conservé beaucoup d'estime pour cet ancien contrôleur-général, quoique mal vu du clergé, dont il avait menacé les priviléges pécuniaires' : Machault, sans être, à beaucoup près, un homme d’état complet, avait une probité incontestable, de larges vues de réforme en finances et la force de caractère nécessaire pour les réaliser. C’était un choix sensé; aussi, dès qu’on put entrevoir l’intention du roi, les intérêts contraires au bien public se coalisèrent-ils pour détourner Louis de son dessein. La Vauguyon était mort, mais l’ex-jésuite Radonvilliers, ancien sous-précepteur du roi, organe du parti clérical, les ministres d’Aiguillon et La Vrillière? circonvinrent madame Adélaïde, une des tantes du roi, qui avait des prétentions politiques et du crédit sur son neveu. Madame Adélaïde jeta un autre nom à Louis, celui d’un autre ministre renversé du pouvoir par madame de Pompadour, huit ans avant Machault; c'était le spirituel, égoïste et léger Maurepas, oncle de d’Aïguillon et beau-frère de La Vrillière. IL avait soixante-treize ans. Madame Adélaïde prétendit que la retraite et l’âge l'avaient rendu sage et sérieux, tout en respectant les grâces de son esprit et sa vive intelligence. Maurepas figurait, comme Machault, sur la liste des personnes recommandées par le feu dauphin. Louis crut sa tante et fit rappeler un page qui déjà montait à cheval pour porter à Machault une lettre qui le mandaiït à Versailles. On prétend que l'adresse seule fut changée, et que la lettre écrite pour Machault servit pour Maurepas*. Louis ne voulait d’abord, dit-on, que con-

1. V. dans Soulavie, Mém. du règne de Louis XVI, t. 1°", la liste de plusieurs personnages recommandés par M. le Dauphin à celui de ses enfants qui succédera à Louis XV. Cette liste est curieuse.

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