‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 139 sur 346 · MAUREPAS · texte numérisé non relu

MAUREPAS

sulter Maurepas; mais ce rusé visillard, après le premier entretien, se trouva tout à coup premier ministre de fait, presque sans que le roi y eût pensé". C'était ainsi que Louis XVI appliquait ses maximes sur la fermeté, sur la connaissance des hommes, sur la distinction que doivent faire les rois entre l'esprit solide et l'esprit léger. Il remettait l’état, à la veille des tempêtes, dans les mains d'un homme que le marquis de Mirabeau appelait à trop juste titre le Perroquet de la régence, qui croyait prévenir une révolution avec un bon mot, et qui était incapable d’une autre politique que celle qui faisait dire à Louis XV : Cela durera bien autant que moi !

Le public n’avait guère d'opinion arrêtée sur Maurepas, qu’il avait depuis si longtemps perdu de vue; mais il attendait avec une extrême impatience la chute du triumvirat et des parlements Maupeou, deux questions qu’il confondait et qui étaient pourtant distinctes. Les ministres faisaient des efforts désespérés pour se maintenir. L'abbé Terrai présenta au roi un compte rendu financier fort habilement rédigé? : il glissait sur toutes ses odieuses opérations, faisait valoir l’augmentation de recettes due àses soins, représentait que, si l'équilibre par lui rétabli s'était dérangé de nouveau, S'il avait été obligé de recommencer les anticipations et les autres expédients, la faute en était aux accroissements de dépenses survenus dans les autres départements ministériels et dans la maison du roi*, contrairement aux promesses de réduc-

1. Son plan de domination était simple; il dit au jeune roi qu’un administrateur ne peut bien exécuter que ses propres idées; qu’il faut, par conséquent, les adopter ou le renvoyer; en même temps il invita chaque ministre à ne faire aucune proposition importante sans en avoir conféré avec lui. Ainsi un ministre ne devait proposer que ce qui convenait à Maurepas, et le roi devait approuver tout ce que proposait un ministre. Le Mentor était présent lorsqu'on soumettait au roi un travil, et, s’il était mécontent, il pouvait user de son privilége d'entretenir Louis XVI à toute heure, pour lui démontrer que le moment était venu de ne pas suivre les idées de l'administrateur, et de le renvoyer. » Droz, Hist. du règne de Louis XVI, t. Ier, p. 128. — Le comte de Maurepas ne prit d'autre rang officiel que celui de ministre d’état sans portefeuille.

2. Il est juste de dire que cette pièce n’avait pas été composée en vue des circonstances ; d’après des documents restés dans la famille de l'abbé Terrai, ce même compte rendu avait déjà été présenté à Louis XV le 20 mars 1774, |

3. Les dépenses des maisons du roi et des princes avaient été portées de 26 millions à plus de 36, depuis qu’on avait formé les maisons de la dauphine, des frères et des belles-sœurs du dauphin. — V. Comples rendus des finances, de 1751 à 1787.

tions qu’on lui avait faites. Il concluait en établissant qu’on ne pouvait plus espérer d’accroissement notable dans le produit des impôts, portés au maximum; que l’économie était donc absolument nécessaire. « Je ne puis plus ajouter à la recette, que j'ai augmentée de 60 millions; je ne puis plus retrancher sur ia dette, que j'ai réduite de 20 millions... A vous, sire, de soulager vos peuples en réduisant les dépenses. Cet ouvrage, si digne de votre sensibilité, vous était réservé. »

L'abbé Terrai parlant de sensibilité, c'était le loup pleurant sur les moutons; mais son travail n’en était pas moins spécieux et propre à faire impression sur Louis XVI. Il soutint les paroles par des actes, en s’éempressant de proposer une mesure qu’il savait être dans le cœur du jeune roi. La première ordonnance signée par Louis XVI, proclamant que la félicité des peuples dépend principalement d’une sage administration des finances, annonça que les arrérages des rentes, charges, intérêts et dettes diverses, et les remboursements promis, seraient acquittés fidèlement ; que les fonds en étaient faits; que le roi s’occupait de réduire les dépenses tenant à sa personne et au faste de la cour; enfin, que le roi remettait à ses sujets le produit du droit qui lui appartenait à cause de son avénement à la couronne.

Le droit de joyeux avénement avait été affermé 23 millions sous Louis XV, et en avait coûté 41 aux contribuables! Les fermiers avaient gagné près de 100 pour 100.

En même temps, le pain baissait, par suite d’une fausse spéculation de la société du Pacte de Famine, qui n’avait pu placer à l'étranger, suffisamment pourvu, des grains exportés de France par permissions secrètes, et qui était obligée de les ramener sur les marchés français? : de premières réformes s’effectuaient à la cour’, conformément à la promesse du roi; on relâchait peu p. 115, 169. — Les maisons des deux frères du roi et de leurs femmes coûtaient ensemble 7,312,000 livres, qui en représenteraient 12 ou 13 d'aujourd'hui! — 1b., p. 141. Bien des souverains n’avaient pas des maisons semblables !

1. Enregistré le 30 mai au parlement de Paris. — V. Anciennes Lois françaises, t. XXIIT, p. 4-7. — Marie-Antoinette abandonna, de son côté, le droit appelé droit

de ceinture de la reine.

2. Mém. sur l'administration de l'abbé Terrai, p. 226. — Mercure hist., t. CLXXVI, p. 673.

3.« Les extraordinaires les menus, le grand commun, les gouverneurs des maisons

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