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MALESHERBES. REFORMES

touchaient au pouvoir. Malesherbes lui-même signa quelques lettres de cachet". Il proposa, conformément aux Remontrances, de remettre à un tribunal spécial l'arme funeste dont it avait hâte de se débarrasser. En cas d’arrestation par ordre exprès du roi, le nouveau tribunal serait saisi dans les vingt-quatre heures. Louis XVI approuva; mais Maurepas entrava sourdement, et le tribunal ne fut point établi.

Il en fut de même d’un autre abus monstrueux que Malesherbes avait voulu rendre moins criant. Il s'agissait des arréis de surséance à l’abri desquels les courtisans avaient l'habitude de braver leurs créanciers et d’ajourner indéfiniment le paiement de leurs dettes. Malesherbes demandait que les arrêts de surséance ne fussent accordés que par un conseil, une espèce de tribunal, et que les débiteurs favorisés par ces arrêts fussent relégués hors de la cour et de Paris tant qu’ils en garderaient le bénéfice. Le roi applaudit, et rien ne fut fait?.

Turgot continuait cependant d’avancer à travers tant d'obstacles. Il achevait d’effacer les traces des déprédations de Terrai. Après le bail des domaines et le baïl des hypothèques, il avait cassé le bail des poudres et. remis cette administration en régie : parmi les régisseurs figurait l’illustre chimiste Lavoisier (fin mai). On travaillait à remplacer par des nitrières artificielles les vieux procédés vexatoires de recherche du salpètre dans les maisons. Lavoisier perfectionna la poudre, et nos armées en eurent le bénéfice dans la guerre d'Amérique.

Un édit de juin 1775 supprime avec indemnité les offices de marchands privilégiés et porteurs de grains de la ville de Rouen et le droit de banalité appartenant à cette ville. Le maintien de ces priviléges eût rendu absolument illusoire, pour Rouen et les pays voisins, la liberté du commerce des grains proclamée par le gouvernement. Une compagnie de cent douze marchands avait le droit exclusif d'acheter les grains sur les marchés de Rouen, des Andelis, d'Elbeuf, de Duclair et de Caudebec, et de les revendre aux boulangers et aux particuliers. Une autre compagnie de quatre-vingt-dix porteurs, chargeurs et déchargeurs de grains

1. Et Turgot en demanda. — V. la Bastille dévoilée, 2. Droz, Hist. de Louis XVI, t. Ier, p. 178-180,

avait seule le droit de se mêler du transport de la denrée. Enfin la ville de Rouen possédait cinq moulins jouissant du droit exclusif de mouture pour ses habitants, droit qui se résolvait en une sure axe sur es boulangers. Sous les entraves réglementaires de la monarchie moderne, la France portait encore les mille chaînes lovales du moyen àge*.

Quelque temps après, un arrêt du conseil permet aux boulangers forains d'apporter et de vendre librement leur pain dans la ville de Lyon {novembre 1775).

En août 1775, des commissaires sont nommés pour examiner les titres de tous seigneurs et autres propriétaires de droits sur les grains, mesure préparatoire du rachat de ces droits.

La caisse d'amortissement, fondée en 1764 et désorganisée par Terrai, est supprimée : on emploiera d’autres moyens pour rembourser (30 juillet) ; Turgot n’est nullèment opposé au principe de l’amortissement, car il vient de l’imposer dorenavant à tout corps et communauté qui voudra contracter un emprunt. Les désordres administratifs des corps de ville et de toutes les autres corporations ne motivaient que trop cette mesure (24 juillet).

Un impôt est établi pour la continuation des travaux des canaux de Bourgogne et de Picardie (1° août).

Le7 août, arrêt du conseil qui réunit au domaine et met en régie les messageries et diligences. Les lourds coches à dix ou onze lieues par jour sont remplacés par des véhicules plus actifs et marçhant en poste sur toutes les grandes routes. Promesse est faite d'organiser le service sur les routes de traverse, et il est expliqué que l’exploitation par l’état n’est qu’une transition préparant un régime de liberté. Turgot avait bien compris quelle puissante assistance la facilité des voyages et la multiplication des rapports apporteraient à la cause du progrès?.

Le 18 août, Turgot et Malesherbes font rendre au conseil un

1. Une déclaration du 12 janvier 1776 supprima des entraves d’un autre genre qui empêchaient le développement des verreries en Normandie, On apprend par cette pièce que c'était vers 1711 que l'usage des carreaux de vitre s’était substitué à celui des panneaux de verre en losange. Anc. Lois françaises, t. XXIII, p. 29.

2. Œuv. de Turgot, t. Il, p. 424, et t. Ier; Notice, ete., p. LxxxvVIT; sûr l’hostilité du clergé contre cet établissement. — Le coche ou carrosse de Bordeaux mettait quatorze jours pour arriver à Paris : la furgotine arriva en cinq jours et demi.

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