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SAINT-GERMAIN

de l’armée active. Il avait des lumières, mais l'événement allait montrer qu'il n'avait pas le caractère sans lequel les lumières ne sont rien chez un administrateur. La réforme militaire ne pouvant valoir que par l’ensemble et devant frapper sur des intérêts puissants et remuants, il ne fallait pas laisser à ces intérêts le temps de se reconnaître; il fallait meitre à profit la faveur de l'opinion pour imposer la réforme en bloc. On l’émietta, pour ainsi dire. Saint-Germain avait bien aperçu ce qu’il convenait de faire; mais Maurepas, toujours ennemi des grands partis, conseilla au roi de ne promulguer- que successivement les ordonnances réformatrices, et Saint-Germain ne sut pas insister avec autorité ni faire comprendre au roi en quoi sa position différait de celle de Turgot, qui avait à opérer des changements aussi vastes que compliqués, et auxquels l'élément du temps était indispensable. Saint-Germain voulait à la fois se donner un point d'appui et assurer la durée de ses réformes après lui par la création d’un conseil permanent de la guerre, sans l’avis duquel il fût interdit de changer dorenavant les lois militaires. Le conseil de la guerre resta en projet : Maurepas n’entendait point qu’on limitât l'omnipotence ministérielle.

Saint-Germain débuta par une amnistie aux déserteurs qui rejoindraient les drapeaux, avec substitution des galères à la mort pour ceux qui déserteraient à l’avenir, sauf le cas de désertion à l’ennemi (12 décembre 1775); puis il procéda à la réforme des corps privilégiés de cavalerie de la maison du roi, corps d'officiers faisant le service de soldats et avançant au tableau avec les vrais officiers, création contraire à tous les vrais principes militaires, mais politiquement utile à la splendeur et à la force de la monarchie absolue. On put reconnaître dès lors combien l’énergie de Saint-Germain était au-dessous de ses projets. Il ne sut point résister aux clameurs des grands seigneurs qui commandaient ces corps. Il supprima les mousquetaires, qui, précisément, avaient les états de service les plus brillanis ; mais il conserva en partie les autres compagnies et surtout les gardes-du-corps, les plus nombreux et les plus dispendieux, et il se laissa aller à accorder le rang d'officiers à tout le corps de la gendarmerie, créant ainsi un abus nouveau quand il pré-

tendait abattre les anciens (décembre 1775 — février 1776). Il supprima les régiments provinciaux, institution qu’il eût mieux valu perfectionner, et n’en laissa subsister que le tirage et l’inscription pour disponibilité. Il supprima l’École Militaire et le collége préparatoire de La Flèche, et fit ordonner que les enfants nobles élevés aux frais du roi dans ce collége seraient désormais distribués dans des colléges ordinaires, d’où, à quinze ans, on les enverrait dans des régiments parmi douze cents cadets gentilshommes que le roi y entretiendrait { 1° février 1776). Un autre règlement du 28 mars 1776 répartit les futurs cadets entre une dizaine de colléges dirigés par des bénédictins, des oratoriens, des minimes, éducation qui parut singulière pour former des gens de guerre. Le 25 mars 1776, parurent des ordonnances d’une incontestable utilité sur le nombre et les appointements des gouverneurs de villes et de provinces; sur la formation des troupes en divisions, de manière à avoir, au lieu de régiments isolés, une véritable armée organisée en grands corps et dressée aux manœuvres d'ensemble; sur la suppression de la finance de tous les emplois militaires; sur une augmentation de solde que l'augmentation du prix de toutes les denrées rendait juste et nécessaire; sur l'avancement réglé avec ordre et justice; enfin diverses mesures destinées à doter l’armée de cette constitution uniforme que Choiseul avait déjà fort avancée; tout cela était excellent, mais, peu de temps après avoir proclamé l'abolition de la vénalité des charges de guerre, Saint-Germain laissa vendre, pour couvrir quelques dépenses de son ministère, cent charges de capitaines de cavalerie. Ce n’était pas ainsi que Turgot menait la réforme.

Toutes les innovations de Saint-Germain n'étaient point d’ailleurs également judicieuses. Dans son règlement disciplinaire, mélange de bonnes dispositions et de minuties monacales, il s’avisa d'introduire les punitions corporelles en usage chez les Allemands et les Anglais, mais que l’armée française n'avait

1. On trouva encore plus étrange, dans le règlement disciplinaire du 25 mars, larticle où le ministre déclarait que l'intention du roi était de ne souffrir dans ses troupes « aucun officier affichant l’incrédulité. » Anc. Lois françaises, t. XXIIT, »- 472.

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