RÉFORMES
jamais connues. Le vieil honneur gaulois se souleva : il y eut des rébellions, des suicides, quand il s’agit d'appliquer aux soldats la punition des coups de plat de sabre. « Je n’aime du sabre que le tranchant!» s’écria un grenadier, dont le mot courut toute Ja France. Un sous-officier s’enfonça dans le cœur l'érine dont on l'avait forcé de frapper un soldat! Les officiers approuvaient la susceptibilité de leurs soldats, et la discipline se relâcha au lieu de se resserrer !.
Une prompte réaction s’opéra dans l'opinion contre Saint- Germain, et l’inégalité de son humeur, mélange de brusquerie et de faiblesse, lui fit autant d’ennemis que l'inconséquence de sa conduite, La confusion qui se fit dans la masse peu éclairée entre ses réformes et celles de Turgot fui un obstacle de plus pour celui-ci.
Turgot poursuivait sa marche avec une fermeté que rien ne pouvait ébranler, avec une activité que rien ne pouvait lasser, et cela parmi de longues et cruelles attaques de goutte qui altéraient déjà sa forte constitution. Il se hâtait d'autant plus qu'il avait moins à compter sur le temps et sur la vie.
Les premiers résultats financiers de son administration étaient le meilleur argument à donner au roi en faveur de ses plans économiques. Dans l’état des recettes et dépenses pour 1776, le découvert se trouvait réduit de 36 millions et demi à 23 et demi. Il n’y avait découvert que parce qu’on remboursait plus de 31 millions sur l’arriéré : le découvert r#xistæat donc plus sur la dépense ordinaire : il y avait au contraire excédant de recettes.
Dans le courant de janvier 1776, Turgot présenta au roi en conseil une série de projets de lois qui faisaient faire de nouveaux et de très-grands pas à son système. Les principaux étaient : {° l'abolition de la corvée pour les chetnins êt son remplacement par un impôt sur les propriétaires de biens-fonds, 2° l'abolition des droits établis à Paris sur les blés et farines, et de toute cette vieille police des grains, si vexatoire, si incohérente, qui eût
1. Vie du comte de Saint-Germain, en tête de sa Correspondance avec Pâris Duvernei: Londres, 1789; 2 vol. in-80. — Mém. du comte de Saint-Germain; Amsteräam, 1779; in-12. — Anc. Lois françaises, t. XXII, passim, — Droz, Hisi. de Louis XVI, t. ler, p. 184 et suiv.
rendu tout commerce de blé absolument impossible à Paris et aux environs si l’on eût exécuté les règlements à la lettre: c'était là le complément nécessaire des édits de 1763 et de 1774 sur la libre circulation des grains à l’intérieur‘; 3% l'abolition des offices créés sur les halles, quais et ports de Paris?; 4° la suppression des jurandes, maitrises et corps de métiers, et la pleine liberté pour tout citoyen d'entreprendre toute espèce d'industrie, conformément au droit naturel.
D’autres projets transpiraient et devaient suivre ceux-ci : fe la réiorme de la maison civiie du roi, dont la monstrueuse dépense était triple de celle de la maison militaire* et que Turgot avait dessein de réduire de 14 millions par des diminutions graduées qui ne seraient complétement réalisées qu’au bout de neuf ans; 2° la transformation des deux vingtièmes, impôt vaguement assis et arbitrairement réparti, en une subvention territoriale établie sur les bases d’une rigoureuse proportionnalité, 3° la modification profonde de ia gabelle, si odicusement inégale; 4° la suppression ou la conversion des droits féodaux du domaine royal en une redevance annuelle, comme exemple du roi aux seigneurs, qu’on pouséeraft à consentir au rachat ou à la conversion de leurs droits, en réforinant Îles dispositions des coutumes qui s’y opposaient, enfin, 5° la validation des mariages des protestants ®.
Toute la société officielle et privilégiée, depuis les titulaires des
1. La déclaration de 1763 avait laissé subsister tous les règlements particuliers des villes : an a vu fout à l'heure ceux de Rouen; ceux de Paris étendaient leur action à vingt lieues à la ronde, interceptaiènt les relations entre l’est et l’ouest, et, combinés avec cenx de Rouen, énlevæent absolument au libre commerce le bassin de la Seine. À Lyon, les greniers 'xhondance et l'élévation des droits produisaient a peu près le même effet. —- Uue déclaration royale autorisa l'exportation sans droits pour le ressort äu parlemeut de Toulcuse et pour le Roussillon.
2. N'y avait jnequ'à 8,200 charsours, déchargeurs, rouleurs, etc., de grains. — uv. de Tuegoë, &. J°*, p, EI. — Les commissionnaires courtiers de vins étaient DOUSETVÉS,
3. La maïson raititaire coftstt 8 miiliens; la maison civile du roi, plus de 23 ; les maisons (le la reine, des princes et princesses, plus de 13! — V. Comptes hdi des finances, da (756 à 1787, p. 169.
4, Parmi les écrits publiés pour préparer la voie et former l'opinion, l'on remarque les Réflexions sur la Jurisprudence criminelle, par Condorcet (contre le code des gabelles). — V. Hélinges économiques, t. IT.