LES HOPITAUX
sur un rapport de Necker au roi. L’active charité de Me Necker avait créé un excellent modèle sur de petites proportions, dans Vhospice qui porte encore aujourd’hui le nom de son époux: mais la réforme, préparée, décrétée par Necker, ne fut exécutée que sous son second ministère, à la suite d’un rapport rédigé, en 1787, par le savant Bailli'.
La création à Paris d’un mont-de-piété, institution italienne qui avait déjà été introduite en Flandre et en Artois (9 décembre 1777), la fondation de prix annuels en faveur des nouveaux établissements de commerce et d'industrie (28 décembre), méritent encore d’être signalés.
Tout cela ne peut encore passer que pour des préludes, de la part d’un ministre annoncé avec tant d'éclat; mais de grands événements obhgeront bientôt, sinon de suspendre les réformes intérieures, au moins de les subordonner à un autre intérêt capital. La politique extérieure va reprendre pour quelque temps le premier rôle. |
Le monde tressaille partout au bruit des armes. Il semble que de grandes voix appellent de toutes parts la France à rentrer dans l'arène. L’orgueilleuse triomphatrice de 1763, l'Angleterre, voit son empire colonial croulant en Amérique, ébranlé dans l'Inde. Pendant ce temps, un jeune empereur, plein d’une ambition inquiète, Joseph IF, cherche autour de lui l’occasion d’agir et de s’'agrandir, n'importe aux dépens de qui, plus loin, l’insatiable Russie, une main sur les dépouilles de la Pologne, étend l'autre sur la Turquie et foule déjà aux pieds le traité de Kaïnardji, qu’elle a dicté la veille.
Tout à coup la curiosité publique est vivement éveillée par la nouvelle que l’empereur est arrivé incognito à Paris (18 avri. 1777). Le comte de Falkenstein, pseudonyme transparent de l'illustre voyageur, descendu dans un simple hôtel garni, est partout, voit tout, comprend tout. En quelques jours il connaît Paris comme Louis XVI ne le connaîtra de sa vie. Il va saluer aux Invalides la création du Grand Roi, que Louis XVI n’a jamais visitée;
1. Anc. Lois françaises, t, XXV, p. 96. — Par un règlement pour l'extinction de la mendicité, on voit que les ateliers de charité établis à Paris sous Turgot avaient été maintenus. -— Ibid. p. 74.
392 LOUIS XVL (1777)
il s'indigne, à l’Hôtel-Dieu, devant ce spectacle d’inhumanité que sa réprobation signale aux intentions réformatrices du ministère; il pénètre dans l’humble asile où l'abbé de L’Épée, négligé du pouvoir, persécuté par l’autorité ecclésiastique, se dévoue à l’œuvre admirable de l’éducation des sourds et muets, qu’il tire de leurs limbes pour les rendre à la vie morale et sociale. Joseph IT excite dans Paris une sorte d'enthousiasme et provoque des comparat. sons peu flatteuses avec la pesante inertie du roi et la frivolité de la reine. Après six semaines de séjour dans la capitale, il fait rapidement le tour de la France et sort du royaume par Genève, sans aller voir Voltaire qui l'attend : soit égard pour la dévotion de Marie-Thérèse, soit crainte de paraître inféoder la majesté impériale à cette autre majesté philosophique. Des grands écrivains du siècle, il n’a visité que Buffon dans son temple du Jardin des Plantes. b
L'empereur avait moins réussi dans les provinces qu’à Paris; il avait trop laissé paraître la jalousie que lui inspiraient la puissance et l’unité de la France. Il avait d’ailleurs un autre motif de mauvaise humeur; il n’avait pu obtenir du roi aucun engagement politique. Tout le monde avait bien pensé que Joseph venait tenter de resserrer l'alliance franco-autrichienne, fort relâchéc depuis quelques années; mais on ne savait pas trop ce qu’il entendait tirer de cette alliance. Le ministre des affaires étrangères Vergennes, d'accord avec Maurepas pour combattre les tendances autrichiennes de Marie-Antoinette, avait prémuni Louis XVI contre les projets hostiles à la Turquie que l’on supposait à l’empereur?. C'était en ce moment tout le contraire. Joseph, mécontent de Catherine IT, qui l’avait obligé d'arrêter ses nouveaux empiétements en Pologne, était disposé à une alliance défensive avec la France contre la Russie, afin d'interdire à celle-ci de s'étendre davantage aux dépens des Turcs. On éluda ses insinua-
1. L'archevêque l'avait interdit des fonctions sacerdotales comme janséniste. — Le gouvernement ne vint en aide à l'abbé de L'Épée que l’année suivante, et bien faiblement. En novembre 1778, une partie des biens du couvent des Célestins, qui venait d'être supprimé, fut appliquée à la maison des sourds et muets. — Anc. Lois frangaises,t. XXV, p.459. — La commission formée pour les réunions et les suppression: de monastères commençait à produire quelques résultats.