LT] MORT DE ROUSSEAU
sublime intelligence et son cœur aimant planent, pour ainsi dire, sur le naufrage de la raison pratique.
Avec les souffrances de l'âme, les infirmités croissaient : la pauvreté devenait plus dure au vieillard, dont la fierté repoussait les secours matériels, de même que sa défiance écartait le plus souvent les consolations morales. Ce qu’il consentit enfin d’accepter, ce fut un asile à la campagne pour abriter ses derniers jours : il voulut finir au sein de la nature, qu'il avait tant aimée: il s’y sentait plus près de Dieu. Entre diverses retraites offertes, Ermenonville fut choisi, beaux lieux qu’une admiration ingénieuse avait déjà peuplésdes souvenirs de sa Julie. Mais l’infortuné v’apportait point la paix de l’âme dans cet Élysée. Il n’en jouit que d’une manière bien imparfaite et que durant bien peu de temps.
Sa fin estrestée enveloppée de mystère. On a prétendu (et cette opinion a été adoptée par beaucoup de ses plus sincères admirateurs) qu’en proie à d’incurables douleurs physiques et morales, et se sentant désormais impuissant à faire le bien en ce monde, il crut pouvoir abréger sa vie et « se jeter avec confiance dans le sein de l’éternité?. »
Les principes de Rousseau contre le suicide ne suffiraient pas à écarter sans réplique cette opinion; ces principes, assis plutôt sur le devoir envers l'humanité que sur le devoir envers Dieu, n'étaient pas suffisamment absolus, et le libre arbitre pouvait d’ailleurs être altéré en lui par la surexcitation mentale. Mais d’autres motifs, puisés dans la comparaison des témoignages contemporains, nous paraissent péremptoires. La première relation dela mort de Rousseau, celle du médecin Lebègue de Presle, semble encore la plus digne de foi pour le fond, bien qu’il y ait un peu trop d’emphase dans la forme et qu’on y fasse trop discourir Jean-Jacques.
Le 3 juillet au matin, Jean-Jacques se serait donc senti trèsmalade; pris d’une grande anxiété et de vives douleurs d’entrailles, il eut le sentiment que la dernière heure approchait, il fit
{. Pauvreté qui ne l’empèchait pas de partager son pain avec la tante octogénaire
qui lavait élevé.