AMÉRIQUE ANGLAISE
L'année 1778 est solennelle. La disparition de Voltaire et de Rousseau est un grand signe. Le brillant xvie sfècle s’en va; un âge orageux et sombre s'élève à l'horizon. L'ère des idées se ferme : l’ère de l’action va s'ouvrir.
Entre la mort de Voltaire et celle de Rousseau furent tirés les premiers coups de canon de la guerre d'Amérique.
Il nous faut retourner de quelques pas en arrière pour rappeler les commencements de cette révolution, qui ne fut rien moins que l'affranchissement d’un monde.
Nous avons indiqué ailleurs‘ le caractère et les progrès des colonies anglaises de l'Amérique du Nord. Après la paix de 1763, le gouvernement anglais voulut leur faire supporter leur part des charges énormes que la guerre avait infligées à la Grande- Bretagne : c'était juste. Mais l'Angleterre prétendit imposer au lieu de demander. Les Américains se soumettaient sans difficulté aux lois de douane, aux taxes commerciales que le parlement britannique établissait pour tout l'empire; mais, quand il s'agissait de taxes intérieures et spéciales aux colonies, on consultait leurs assemblées, leurs parlements provinciaux. Le gouvernement de George IL, sous la malfaisante inspiration de lord Bute, qui dominait encore le ministère, quoiqu'il ne fût plus ministre, prétendit se passer de leur consentement, en vertu de précédents remontant i des -poques où plusieurs des colonies n’avaient point encore de égislatures. Le parlement anglais voyait dans le droit de taxer gs colonies une extension de sa prérogative; il seconda volontiers a couronne sur ce point. Les Américains eussent probablement accordé ce qu’on voulait d’eux si on le leur eût demandé. Ils le refusèrent, parce qu’on l’exigeait. La révolution d'Amérique naquit donc, et c’est là sa grandeur, d’une question de droit bien plus que d’une question d'intérêt matériel. Dès 1764, au bruit des projets du cabinet anglais, une Déclaration des Droits de l'Homme
vie. J.-J. Rousseau arracha mille fois plus à ses passions qu’elles n’ont pu lui dérober.. Quelque abus qu’on puisse faire de ses propres confessions, elles prouveront toujours la bonne foi d’un homme qui parla comme il pensait, écrivit comme il parlait, vécut comme il écrivit, et mourut comme il avait vécu. » V.Musset-Pathay, Hist, de J.-J. Rousseau, t. 1%, p. 300.— Mirabeau était trop grand pour ne pas aimer la vertu, quoiqu'il ait eu le malheur de ne point la pratiquer.