WASHINGTON. FRANKLIN
La jeune République devait avoir de sévères épreuves à supporter. Au moment même où paraissait la Déclaration d’indépendance, l’armée et la flotte anglaises renforcées revenaient de la Nouvelle-Écosse et attaquaient les îles de l’état de New-York. Des complots loyalistes éclataient à l’intérieur. Les trahisons de la minorité antinationale furent réprimées par des rigueurs nécessaires, mais l’armée ennemie obtint d’abord de grands succès, Malgré leur courage et les talents militaires de leur chef, les milices américaines plièrent devant la discipline des Anglo-Allemands. Elles perdirent une bataille dans Long-Island et furent obligées d’évacuer New-York. Les Anglais envahirent encore le New-Jersey et Rhode-Island. La cause de la liberté semblait aux abois. L'armée de Washington fut un instant réduite à trois mille hommes manquant de tout. Le général américain refit son armée et lassa la mauvaise fortune par des prodiges de constance. Ses belles opérations durant l’hiver de 1776 à 1777 relevèrent le cœur de ses concitoyens. Il rentra dans le New-Jersey, tint en échec les forces bien supérieures des Anglais, et couvrit Philadelphie, siége du congrès. On put, dès cette première campagne, juger ce que valait cet homme, mélange de Fabius et d’Épaminondas', pareil, comme on l’a si bien dit?, à ces monuments dont la grandeur ne frappe pas au premier coup d'œil, précisément à cause de la parfaite harmonie de leurs proportions, et parce qu'aucune partie n’étonne le regard. « Le plus raisonnable des grands hommes,» il était bien la personnification du plus rationaliste des peuples, et son auguste bon sens, suivant l’heureuse expression d’un de nos contemporains*, n’était que la qualité distinctive des Anglo-Amé- “icains portée au sublime.
Pendant ce temps, l’autre gloire de l'Amérique, Franklin, avait quitté sa patrie pour mieux la servir. Après avoir rédigé l’immortelle Déclaration, il était parti pour conquérir l'alliance française.
L. Épaminondas, moins toutefois l'élan poétique et artiste qu’eut le Thébain, comme presque tous les grands hommes de la Grèce. ;
2. Théod. Fabas, Encyclopédie nouvelle, art. WASHINGTON. Cet article et l’article ÉTATS-UNIS, du même auteur et dans fe même recueil, sont deux des meilleurs morceaux d’histoire philosophique qui aient été écrits de nos jours,