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TRAITÉ AVEC LES ÉTATS-UNIS

sur aucun des étais possédés à présent ou ci-devant par la Grande- Bretagne en Amérique".

Cette alliance éventuelle, cette manière détournée de provoquer un choc devenu inévitable, avait quelque chose de bizarre et de peu digne; mais il avait fallu, pour vaincre les scrupules du timoré Louis XVI, supposer une agression matérielle des Anglais préalablement à toute action collective contre eux.

Il est une autre observation importante à faire sur ce pacte d'alliance; c’est que le système politique nommé aujourd’hui américanisme, c’est-à-dire la prétention des États-Unis d’exclure Les puissances européennes du continent américain, est déjà fortement indiqué par la renonciation au Canada et à l’Acadie, obtenue de la France.

A la nouvelle de ce second Trailè de Paris qui allait mettre à néant celui de 1763, si funeste à la France et si glorieux pour l'Angleterre, le cabinet anglais, consterné, fit un dernier effort pour transiger avec les Américains; l'effort le plus sérieux qu’il eût encore tenté. Il ne s’agissait plus de pardon, mais de traité avec le congrès. Lord North présenta au parlement un projet de réunion et d’accommodement basé sur la représentation des colonies dans le parlement (17 février 1778).

Il était trop tard. Un peuple ne rétracte jamais un acte tel que la Déclaration d'indépendance. Le congrès refusa de négocier tant que les flottes et les armées ennemies n’auraient pas quitté les parages des États-Unis, et que l'indépendance n'aurait pas été formellement reconnue (2? avril).

Le 13 mars, l'ambassadeur de France avait notifié au cabinet de Saint-James le traité d'amitié et de commerce signé entre la France et les États-Unis de l'Amérique septentrionale, « qui sont en pleine possession de l'indépendance prononcée par leur acte du 4 juillet 1776. » — Sa Majesté Très-Chrétienne croyait devoir déclarer à la cour de Londres que les parties contractantes n'avaient stipulé en faveur de la nation française aucun avantage commercial que les États-Unis n’eussent la liberté d'accorder également à toute autre nation. — Le roi était persuadé que la cour de Londres

1. V. les traités dans Martens, Recueil de Traités, t. Il, p. 587 et suiv.

trouverait dans cette communication de nouvelles preuves des dispositions de Sa Majesté pour la paix, et que Sa Majesté Britannique, animée des mêmes sentiments, prendrait des mesures efficaces pour empêcher que le commerce des sujets français avec les États-Unis ne fût troublé. — Dans cette juste confiance, l’ambassadeur de France pourrait croire superflu de prévenir le ministère britannique, que le roi son maître étant déterminé à protéger efficacement la liberté légitime du commerce de ses sujets et à soutenir l'honneur de son pavillon, Sa Majesté a pris en conséquence des mesures éventuelles, de concert avec les États-Unis de l'Amérique septentrionale". » |

L’Angleterre ne répondit que par le rappel de son ambassadeur. L’embargo fut mis en France sur les vaisseaux anglais (18 mars). L’Angleterre rendit la pareille. Le 21 mars, les trois plénipotentiaires américains furentreçus en audience solennelle par le roi, à Versailles. De longs applaudissements accueillirent, dans le palais de Louis XIV, les représentants du nouveau monde républicain. Franklin et ses collègues ne sortirent de chez le roi de France que pour se transporter officiellement chez la jeune épouse de l’homme qui devait, onze ans après, inaugurer la Révolution française sur les ruines de la Bastille, chez Me de La Fayette.

Quand La Fayette, au quartier-général de Washington, lut ces paroles du gouvernement français dans la notification du 13 mars: Les États-Unis. en possession de l’indépendance prononcée par leur acie de tel jour. « Voilà, s’écria-t-il, une grande vérité que nous leur rappellerons un jour chez eux?. »

La scène la plus émouvante s'était passée, sur ces entrefaites, dans le parlement d'Angleterre. On sentait que les tardives prcpositions du ministère n’avaient point de chance d’être accueillies par l'Amérique : une fraction de l'opposition proposa de reconnaître l'indépendance des colonies. À cette nouvelle, le vieux lord Chatham, malade, épuisé, se fit porter de son lit à la chambre des Lords, et là, pâle, enveloppé de ses couvertures comme d’un suaire, appuyé sur ce fils qui devait être le second Pitt, il protesta

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