FRANCE ET ANGLETERRE
sur-le-champ et s’efforcer de couper les deux bras de l'ennemi : l'Amérique et l'Inde. Jamais le gouvernement royal n’a voulu rien comprendre à l'Inde. Les énormes progrès des Anglais, qui réalisaient dans l’Indoustan, sous Clive et Hastings, les plans de Dupleix et de Bussi, avec des crimes de plus, ne purent tirer de son insouciance le cabinet de Louis XVI. On était pourtant trèsbien informé à Versailles des circonstances favorables et du parti que la France pouvait tirer d’une alliance avec Haïder-Ali, ce héros musulman qui avait fondé un grand état dans le midi de la presqu'île et imposé à la présidence anglaise de Madras une paix désavantageuse, en 1769. On n’envoya rien dans l'Inde, et la puissante flotte qu’on avait armée à Brest fut retenue plusieurs semaines dans l’inaction, parce que le vieux roi d'Espagne, Charles TT, avait offert sa médiation au lieu de ses secours. Le gouvernement espagnol avait bien voulu participer aux secours indirects fournis par la France aux insurgents, mais il hésitait fort à s’engager ouvertement dans leur cause : l'exemple lui semblait trop dangereux pour ses propres colonies.
L’Angleterre répondit à l'offre de médiation, qu’il fallait que la France, avant tout, retirât sa note du 13 mars. Même après cette réponse, Louis XVI hésitait encore à faire partir la flotte de Brest : il en était toujours à vouloir essuyer le premier coup de canon, scrupule d'autant plus puéril qu’il était impossible que d'Estaing n’en vint pas aux mains dans les mers d'Amérique.
Ce premier coup de canon fut enfin tiré. Les Anglais avaient paru les premiers dans nos mers. Une flotte anglaise de vingt vaisseaux, aux ordres de l’amiral Keppel, étant venue faire une reconnaissance vers Brest, rencontra deux frégates françaises à la hauteur de l’île d’Ouessant (17 juin). La guerre n’étant pas déclarée, Keppel ne fit pas tout d’abord assaillir les frégates. Il les somma de venir à la poupe de son vaisseau pour répondre à ses questions. La plus avancée des deux frégates, la Licorne, refusa. On tira sur elle : enveloppée, elle lâcha sa bordée et se rendit. La seconde frégate, la Belle-Poule, commandée par La Clochetterie, fit force de voiles pour échapper; poursuivie et atteinte près de la côte