Flassan, t. VII, p
par la frégate anglaise l’Aréthuse, elle la désempara après un combat de cinq heures, la força de se retirer vers sa flotte, et rentra victorieuse à Brest, aux acclamations de la marine et de la population.
Ainsi fut inaugurée la guerre d'Amérique.
Keppel, informé de la supériorité de la flotte française par les papiers trouvés sur La Licorne, rentra à Portsmouth. La flotte de Brest, aux ordres du lieutenant-général d’Orvilliers, sortit enfin le 8 juillet. Ses longs retards avaient permis aux flottes marchandes des Antilles anglaises et du Levant de regagner paisiblement les ports anglais et d’y apporter de grandes ressources en hommes et en marchandises. Elle était forte de trente-deux vaisseaux de ligne et divisée en trois escadres, commandées, la première, par d'Orvilliers en personne; la seconde, par le lieutenantgénéral Duchaffaut; la troisième, par le jeune duc de Chartres, qui avait pour conseil le chef d’escadre La Motte-Piquet. Le 23 juillet, la flotte française reconnut l’ennemi entre l’île d’Ouessant et les Sorlingues. Keppel, renforcé, avait remis en mer. Après quatre jours de savantes évolutions, qui attestèrent les progrès de notre marine en matière de tactique depuis la paix de 1763!, les deux armées navales s’engagèrent le 27 juillet au matin. Elles comptaient chacune trente vaisseaux, deux de nos vaisseaux s’étant trouvés séparés de notre flotte par un accident de mer; les Anglais avaient plus de trois-ponts que nous. Les historiens spéciaux ont décrit les belles manœuvres de cette journée vivement disputée durant quelques heures. Les Anglais durent reconnaître avec angoisse la supériorité de notre artillerie de marine réorganisée par Choiseul. Dans l'après-midi, l'amiral français fit, pour couper la ligne ennemie, une tentative qui eût dû être décisive; malheureusement son signal ne fut pas immédiatement compris de l’escadre que commandait le duc de Chartres. Le duc vint en personne demander des explications à d’Orvilliers, puis retourna exécuter les ordres de son chef; mais un temps précieux avait été perdu : la flotte anglaise ne fut pas coupée; elle fut seulement arrêtée
1. D'Orvilliers avait pour major-général Du Pavillon, inventeur d’une nouvelle tactique navale qui apporta les perfectionnements les plus décisifs à la langue des signaux, — V. la Biographie universelle, art. DU PAVILLON, par M. de Rossel.