‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 209 sur 346 · PERTES DANS L'INDE · texte numérisé non relu

PERTES DANS L'INDE

Sa coupable négligence avait eu dans l'Inde des conséquences faciles à prévoir. Aux premières nouvelles, non pas de la guerre, mais de l’imminence de la guerre, le conseil suprême de Calcutta, qui gouvernait l'Inde anglaise, se mit en devoir d’assaillir à l’improviste le peu qui restait aux Français dans ces vastes régions (juillet 1778). Chandernagor et les comptoirs de Masulipatam et de Karical se rendirent sans coup férir. Un corps d'armée et une petite escadre se portèrent sur Pondichéri, que les Français avaient relevé de ses ruines. Une escadrille française, égale en force à celle des Anglais (cinq bâtiments de 24 à 64 canons de chaque côté), lui livra un combat indécis (10 août). Quelques jours après, le chef d’escadre français Tronjoli quitta la rade de Pondichéri et fit voile pour l'Ile-de-France. Il ne pouvait, prétendait-il, se ravitailler à la côte ni attendre de renforts, tandis que les Anglais allaient se renforcer et l’accabler'. Si coupable qu’ait été cet officier, le ministère était au moins aussi coupable que lui. Le brave gouverneur de Pondichéri, Bellecombe, abandonné dans une place presque ouverte, avec une faible garnison, ne capitula qu'après soixante-dix jours de siége et quarante jours de tranchée, et à la condition d’être transporté en France avec ses compagnons d'armes (17 octobre 1778). |

Quelques mois après (20 mars 1779), les Anglais s’emparèrent de Mahé presque sans coup férir. Cette place, si forte par sa seule situation, n’avait ni soldats ni munitions. Le pavillon français disparut encore une fois de l’Inde.

Il flottait du moins avec honneur dans les mers d'Amérique!

L’escadre partie de Toulon, sous le vice-amiral d'Estaing, contrariée par les vents, avait mis près de trois mois pour gagner l'embouchure de la Delaware (13 avril-7 juillet). Gette lenteur sauva le corps d'armée anglais qui occupait Philadelphie et qui éut le temps de se rembarquer et de regagner New-York. Si d’Estaing fût arrivé trois semaines plus tôt, les troupes de terre et

— Hist. impartiale de la dernière guerre (par de Lonchamps), t. Ler, p. 349 et suiv., Amsterdam et Paris, 1785. — Hist. des troubles de l'Amérique anglaise, par Fr. Soulès. t. III, p. 81-101. Paris, 1787. — Adolphus, Histoire d’Anglelerre sous George LIL, liv. XXXV. ,

1. Les Anglais étaient trés-supérieurs sur terre; mais leurs forces navales étaient fort médiocres en ce moment dans ces mers.

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l’escadre ennemie de l’amiral Howe eussent étéprises, comme dans un piége, entre l’armée de Washington et l’escadre française, supérieure en nombre. Les nouveaux alliés voulurent se dédommager de cette belle occasion perdue : une double attaque par terre et par mer fut combinée contre Rhode-Island, importante position maritime, conservée par l'ennemi au cœur des États- Unis du Nord. Les passes qui conduisent à New-Port, chef-lieu de l'ile, furent brillamment forcées par d’Estaing', secondé par d'excellents officiers, entre lesquels se signala Suffren, destiné à une grande et prochaine renommée. Un vaisseau, cinq frégates et une corvette anglais se brülèrent pour ne pas tomber au pouvoir des assaillants. Les Français allaient débarquer pour coopérer avec les Américains, déjà descendus dans l’île de Rhode, quand on signala l’escadre de l'amiral Howe, grossie de plusieurs bâtiments. D’Estaing traversa de nouveau les passes pour aller au-devant de l’armée navale anglaise, qui prit chasse devant lui et qu’il atteignit. Le signal de la bataille allait être donné, quand un furieux ouragan sépara les deux escadres, les ballotta, les désempara durant quarante heures (11-13 août). La tempête calmée, le vaisseau de d'Estaing, démâté, rasé comme un ponton, n’échappa aux attaques d’un vaisseau ennemi que grâce à l’indomptable fermeté de l’amiral français. D’Estaing rallia ses navires; mais il ne crut pas possible de reprendre les opérations contre New- Port et fit voile pour Boston, ce qui obligea les Américains de lever le siége de New-Port et d’évacuer Rhode-Island.

Get insuccès d’une entreprise si bien commencée menaçait de rompre l'union, fragile encore, des Français et des Anglo-Américains. Ceux-ci se dirent abandonnés, presque trahis. Il y eut beaucoup d'aigreur entre les chefs, des rixes entre la population et ses auxiliaires étrangers: La Fayette, que de grands services militaires avaient investi d’une juste popularité , s’employa avec zèle et autorité à calmer les esprits, et l'offre généreuse que fit d'Estaing de se mettre, lui, vice-amiral de France, sous les ordres d’un simple légiste devenu général (Sullivan), pour agir sur terre avec ses troupes de débarquement, effaça des ressentiments peu

1. Il avait auparavant enlevé une trentaine de bâtiments de commerce et de transport, et 1,500 recrues anglaises,

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