ÉTATS-UNIS. ANTILLES
fondés. La concorde ne fut plus troublée de tout Le reste de la gucrre.
D'Estaing, conformément à ses instructions, après avoir aidé à mettre Boston en état de défense contre la marine anglaise puissamment renforcée, quitta bientôt après les parages des États- Unis pour les Antilles, où il trouva les colonies françaises dans la joie d’une importante conquête. Le gouverneur des îles du Vent, ce marquis de Bouillé qui devait jouer un grand rôle dans le parti de la contre-révolution, venait d'opérer une descente dans l’île de la Dominique et de forcer la garnison anglaise à se rendre après une faible résistance (6-8 septembre), débarrassant ainsi la Guadeloupe et la Martinique du plus nuisible voisinage. Malheureusement cet avantage fut balancé par la perte de l’île de Sainte- Lucie, qui n’était défendue que par ure poignée de soldats et de miliciens, et qui tomba au pouvoir d’une escadre anglaise (13-14 décembre). D’Estaing s’efforça sur-le-champ de reprendre Sainte-Lucie. I1 avait douze vaisseaux contre six : il attaqua vigoureusement l’escadre ennemie; mais celle-ci, embossée dans la baie appelée le Grand-Gul-de-Sac et protégée par deux batteries de terre, rendit, par son excellente position et sa défense opiniâtre, la supériorité du nombre inutile. Les troupes de débarquement furent moins heureuses encore : dépourvues d’artillerie, elles se brisèrent contre les batteries et les retranchements que les Anglais avaient établis à la hâte sur des mornes d’un difficile accès, et battirent en retraite, après trois assauts, en abandonnant sept ou huit cents morts ou blessés (18 décembre). D'Estaing, averti qu’une forte escadre ennemie était attendue des États-Unis, dut abandonner l’entreprise et se retirer à la Martinique.
Nous fimes encore, cette année-là, une autre perte inévitable en Amérique. Les Anglais occupèrent les îles de Saint-Pierre et de Miquelon, que le traité de 1763 avait interdit de fortifier, et renvoyèrent en France la population, au nombre de deux à trois mille âmes. Ils tinrent ainsi la grande île de Terre-Neuve tout entière (septembre 1778). Les nouvelles de cet hiver furent à leur avantage sur le continent américain aussi bien qu'aux Antilles. Une double expédition, venue de New-York par mer et de la Floride par terre, envahit le plus méridional des treize États unis,
la Géorgie, et s’'empara de la capitale, Savannah, et de la plus grande partie du pays (décembre 1778 — janvier 1779).
Il n’en fut pas de même dans les mers d'Afrique. Dans les mois de janvier et de février 1779, une escadrille française reprit sur les Anglais Saint-Louis du Sénégal, cédé par le traité de 1763, y concentra les ressources défensives de Gorée, qu’on abandonna comme un poste moins avantageux, et détruisit les comptoirs anglais de la Gambie, de Sierra - Leone et de toute la côte depuis le cap Blanc jusqu’au cap Lopez. On fit pour plus de 15 millions de prises.
Les pertes matérielles se balançaient, et les désastres prédits au gouvernement anglais par l'opposition ne se réalisaient pas jusqu'ici; mais ce qui devait profondément blesser l'orgueil britannique, c’est que non-seulement la marine française s'était montrée égale à la marine d'Angleterre dans les grandes évolutions de flotte contre flotte, mais qu’elle avait eu l’avantage sur elle dans presque tous les combats particuliers. Un assez grand nombre de frégates anglaises avaient été vaincues et conduites en triomphe dans les ports français par des bâtiments égaux ou même inférieurs ‘.
La France s’animait de plus en plus à la lutte. Quand La Fayette revint sur la frégate américaine l'Alliance pour reprendre sa place dans l’armée française, il ne trouva chez le roi et chez les ministres ni la volonté ni, il faut le dire, le pouvoir de punir sa glorieuse désobéissance : le roi fut bienveillant; la reine, avec sa vivacité accoutumée, fut complétement subjuguée par l’enthousiasme universel qu’inspirait le jeune et illustre volontaire de la liberté (février 1779 ).
Les classes navales en France avaient été augmentées de onze mille cinq cents matelots par ordonnance de janvier 1779. L’acti-
1. Le plus héroïque de ces combats fut celui du Triton, de trente canons, contre un bâtiment anglais de quarante. Le capitaine français, Caluélan, avait été emporté blessé à mort; il apprend que son équipage commence à faiblir; il se fait reporter sur le tillac: « Mes enfants! » s’écrie-t-il, « j'ai peu d'heures à vivre; que je n’aie pas la douleur de mourir sans vous voir maîtres de la frégate anglaise, Allons, mes enfants, un dernier coup de force ! elle est à vous! » L’Anglais est pris, et Caluélan meurt content. — Hist. dela dernière guerre, t. IT, p. 5. — La marine royale anglaise avait déjà perdu cinquante-six bâtiments au printemps de 1779. Ibid., p. 82.