‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 211 sur 346 · AFRIQUE. MARINE, L3T · texte numérisé non relu

AFRIQUE. MARINE, L3T

vité de nos chantiers et de nos armements ne se ralentissait pas. Nos corsaires, encouragés par deux ordonnances de juillet 1778, qui leur accordaient de grands avantages, s’organisaient sur la plus vaste échelle et formaient de véritables escadres auxiliaires de la marine royale ‘. Les corps recommençaient les dons patriotiques. Les États d'Artois avaient offert une frégate de trente-six canons. Le parlement anglais avait voté, de son côté, soixante-dix mille matelots et soldats de marine pour l’année où l’on entrait. L’Angleterre prévoyait que le nombre de ses ennemis allait s’accroître et que le Pacte de famille entraînerait le roi d’Espagne, tandis qu’elle ne pouvait pas même compter sur le concours actif du Portugal, qui eût bien voulu échapper à son oppressive alliance ?,.

L’Angleterre avait espéré voir se renouveler la diversion continentale qui lui avait si bien réussi dans la guerre de Sept Ans. Il s'était élevé en Allemagne une grande querelle où la France pouvait se trouver engagée. L’électeur de Bavière, Maximilien-Joseph, était mort le 30 décembre 1777. Avec lui s’éteignait cette branche Wilhelmine de Bavière, qui avait joué un rôle si considérable dans l’histoire politique et religieuse de l’Empire. Son héritier légal était le chef de l’autre branche bavaroiïse, de la branche Rodolphine, c’est-à-dire l'électeur palatin Charles-Théodore. Mais l’empereur Joseph IT, qui, depuis longtemps, jetait des regards de convoitise sur la Bavière, exhuma, tant en son nom propre, comme chef de l’Empire, qu’au nom de sa mère, comme reine de Bohême et archiduchesse d'Autriche, de ces vieilles prétentions que le chaos des archives germaniques ne manquait jamais de fournir em pareil cas. Il réclama la majeure partie de la succession et arrachæ le consentement de la vieille Marie - Thérèse pour faire entrer ses troupes en Bavière. L’électeur palatin, qui n’avait pas d’enfant légitime, se laissa gagner par la promesse d’un grand établissement pour son fils naturel et céda presque tout l’héritage à l’Au-

1. Une compagnie de Nantes arma six frégntes de trente-six canons et deux cor vettes; une compagnie de Bordeaux arma douze bâtiments légers. L'état leur fournissait l'artillerie gratis et leur abandonnaïit les deux tiers des prises; l’autre tiers était pour la caisse des invalides de la marine. ’

2. Le Portugal avait un nouveau roi, don Pèdre III. La mort de Joseph Ier avait. amené la chute du fameux ministre Pombal.

triche (janvier 1778), sans tenir compte des droits de son neveu, le duc de Deux-Ponts. Joseph IT avait compté sans le vieux Frédéric. Le roi de Prusse savait encore monter à cheval et n’était pas homme à laisser sa rivale l'Autriche s’accroître, sans coup férir, d'une grande province. Il se fit le champion de l'héritier présomptif qu’on sacrifiait, du duc de Deux-Ponts, et de l'électeur de Saxe, qui revendiquait les alleux de la Bavière, auxquels les femmes succédaient : il commença par sonder prudemment les cours de Versailles et de Saint-Pétersbourg , rappelant à l’une le traité de Westphalie dont elle était garantte, faisant valoir près de l’autre l'intérêt qu’elle avait à maintenir l'équilibre de l’Allemagne. L’Autriche, pendant ce temps, réclamait lesecours éventuel de la France contre la Prusse, en vertu du traité de 1756, comme si ce malheureux traité eût inféodé la France à toutes ses ambitions. La situation du cabinet français était délicate : la reine commençait d'acquérir auprès de son mari un crédit inaccoutumé ! et n’oubliait pas assez qu’elle était née Autrichienne, nom funeste qui devait être un jour un arrêt de mort pour la fille de Marie- Thérèse! Cependant le souvenir des avis d’un père mourant et l'intérêt évident de la France l’emportèrent à demi auprès de Louis XVI. Maurepas et Vergennes étaient anti-Autrichiens, autant que le comportaient la légèreté de l’un et la circonspection de l’autre. La France signifia sa neutralité à l'Autriche, en s’en référant à la diète de l’Empire pour savoir si le traité de Westphalie avait été ou non respecté. Néanmoins, pour apaiser un peu l’empereur, qui se plaignait amèrement de cette défection, on eut la faiblesse de lui fournir en secret le subside de 15 millions promis par les traités ?. Par compensation, le cabinet français servit Frédéric en agissant à Constantinople afin d’arrêter les hostilités qui s'étaient rouvertes entre les Russes et les Turcs, à cause de la manière dont Catherine I interprétait le traité de Kaïnardiji 3.

1. L'art des chirurgiens avait vaincu l'obstacle qui avait rendu jusque-là leur union stérile : elle avait donné au roi, le 19 septembre 1778, une fille qui fut Madame, duchesse d'Angoulême,

2. Soulavie, Mém. du règne de Louis XVI, t. V, p.. 56. — Mém. de Mme Campan, t'a Np20:

3. Les Russes avaient violé ce traité dès 1777, en intervenant, à main armée dans les affaires de la Crimée.

Page 1