SUCCESSION DE BAVIERE
Le roi de Prusse, certain de n’avoir rien à redouter de la France, prit l'offensive et se jetasur la Bohême, que Joseph II défendit en personne, assisté des vieux généraux de la guerre de Sept Ans (juillet 1778). Le jeune empereur évita le choc décisif que cherchait le vieux roi. Les Prussiens, après avoir fourragé la Bohême, rentrèrent en Silésie et enlevèrent aux Autrichiens cette extrémité méridionale de la Silésie qu’ils avaient conservée à la paix de 1763 (septembre-novembre). Les hostilités, soutenues contre le gré de Marie-Thérèse, n’allèrent pas plus loin. L’impératrice-reine demanda la médiation de la Russie, puis de la France : c'était renoncer implicitement à ses prétentions, ou plutôt à celles de son: fils. La base de l’accommodement fut arrêtée dès le mois de janvier 1779. Joseph IT, néanmoins, suscita difficulté sur difficulté, jusqu’à ce qu’on eût reçu la nouvelle de la convention signée à Constantinople le 21 mars. La Turquie avait accepté, sur le traité de Kaïnardiji, les interprétations russes qui livraient à Catherine la Crimée sous l'ombre d’une indépendance fictive, et minaient l'autorité de la Porte sur la Moldavie et la Valachie; la Russie consentant d’évacuer la côte de la mer Noire entre le Bug et le Dniester, qu’elle venait d’occuper militairement. La Russie avait maintenant les mains libres et pouvait tenir les engagements du pacte qui la liait à la Prusse. Joseph:IT se résigna. Les traités signés, le 10 maï 1779, à Teschen en Silésie assurèrent à l'Autriche, pour toute part dans la succession de Bavière, la portion de la régence de Burghausen entre le Danube, l’Inn et la Salza. Tout le reste demeura à l'électeur palatin, avec substitution au duc de Deux- Ponts : l'électeur de Saxe fut indemnisé en argent par le Palatin*.
De cette crise, qui avait failli absorber la Bavière dans la monarchie autrichienne, sortit done une nouvelle maison de Bavière, plus puissante que l’ancienne, puisqu’elle réunissait les deux électorats bavaroïis et palatin. Le gouvernement français n'avait pas été héroïque dans cette affaire, mais il avait évité un piége trèsdangereux, conservé la libre disposition de toutes ses ressources contre l'Angleterre et obtenu un bon résultat en Allemagne. L'expérience du passé n'avait pas été tout à fait perdue.
1. V. les négociations dans Flassan, t. VII, liv. vit; — Frédéric Il, Ouvres post. humes, t. V; Mém. de la guerre de: 1778.
Non-seulement la France avait évité de s’engager contre d® nouveaux ennemis, mais elle s'était assuré un allié entraîné peu à peu de la neutralité à une pleine coopération. Le roi d’Espagne avait renouvelé ses tentatives de médiation au commencement de 1779. Il avait proposé une longue trêve entre l’Angleterre et les États-Unis, trêve où interviendrait la France et qui mettrait l'Angleterre et ses anciennes colonies dans la même position respective où s'étaient trouvées l'Espagne elle-même et les Provinces Unies des Pays-Bas sous le régime de la trêve de 1609. C’eût été reconnaître en fait l'indépendance des États-Unis : l'Angleterre refusa. Dans la prévision de ce refus, le 12 avril 1779, le cabinet de Madrid avait signé une convention éventuelle de concours armé avec la France contre l'Angleterre. Le 16 juin, l’ambassadeur d’Espagne à Londres prit congé du cabinet de Saint-James par un manifeste que suivit immédiatement une déclaration de guerre. Il n’était question dans ce manifeste que des griefs particuliers de l'Espagne, fondés sur des violations de territoire en Amérique et de pavillon sur toutes les mers : avec les Anglais, de pareils griefs ne manquaient jamais; l'Espagne, de peur de l'exemple, évitait de lier sa cause ostensiblement à celle de l’insurrection américaine.
Ce fut seulement alors que la France, après un an de guerre, publia aussi un manifeste, que réfuta le célèbre historien Gibbon. La réponse de Gibbon provoqua de nouvelles répliques, parmi lesquelles se signala la plume mordante de Beaumarchais. Le vainqueur du parlement Maupeou semblait prétendre à devenir le vainqueur de l'Angleterre et faire de cette guerre son affaire personnelle.
La campagne de 1779 avait commencé sur nos côtes par une petite expédition contre l'ile de Jersey (fin avril). L'arrivée for-
1. Vers le même temps parurent des lettres patentes du roi, qui faisaient honneur au gouvernement français. Louis XVI défendait d’inquiéter, jusqu’à nouvel ordre, les pêcheurs anglais, « pour donner un exemple d'humanité que le roi espérait voir suivre par les Anglais. » 5 juin 1779. — Anc. Lois françaises, t. XXVI, p. 92. Le gouvernement français, à la suggestion indirecte de Turgot, avait antérieurement ordonné à nos marins de traiter l’illustre navigateur Cook, s’ils le ren: contraient, comme un officier d'une puissance alliée. Franklin invita aussi les Américains à ne voir dans Cook et son équipage que Les amis de tout le genre humain.