ALLIANCE ESPAGNOLE. LA
tuite d’une escadre anglaise fit échouer l’entreprise et obligea l’escadrille française à se réfugier dans la baie de Cancale. Les Anglais l’y poursuivirent et détruisirent les bâtiments dont elle se composait, après que les équipages se furent réfugiés à terre (13 mai). Cet échec, qui nous coûta deux frégates et quelques bâtiments légers, fut compensé par le retard occasionné à l’escadre ennemie, qui portait des secours à l’armée anglaise d’Amcrique, et qui fut ensuite arrêtée longtemps par les vents contraires et par la crainte de tomber dans la flotte française de Brest.
La flotte française, forte de trente vaisseaux de ligne, remit à la voile le 3 juin, sous les ordres de d’Orvilliers. On fondait de hautes espérances sur la grandeur des forces franco-espagnoles, bien supérieures à celles de l’Angleterre. L'Espagne avait eu, dès l’année précédente, soixante vaisseaux de ligne, dont trente-deux armés. On avait réuni sur nos côtes une armée de quarante mille hommes commandée par le lieutenant-général de Vaux. La Fayette devait figurer dans l'état-major. La flotte française devait aller chercher la flotte espagnole et revenir embarquer ce corps d’armée pour le jeter sur l’île de Wight et Portsmouth, pendant que les Espagnols commenceraient le blocus de Gibraltar avec leurs troupes de terre soutenues d’une escadre. Le plan était beau : les mesures furent très-mal prises par le ministère. Les transports destinés à la descente furent séparés, moitié au Havre, moitié à Saint-Malo, ce qui rendait leur réunion très-difficile?. Sartine obligea d’Orvilliers d’aller trop tôt à la rencontre des Espagnols, avec seulement trois mois de vivres, en lui promettant un convoi de ravitaillement quand il reviendrait à la hauteur d’Ouessant, accompagné de la flotte alliée. Le cabinet de Madrid n'avait pas encore en ce moment rompu officiellement avec l’Angleterre : ses armements n'étaient pas prêts; d'Orvilliers dut dévorer son impatience durant de longues semaines; la jonction ne s’opéra que le 26 juillet.
Les armées navales combinées comptèrent alors, par la réunion de diverses escadres, jusqu’à soixante-huit vaisseaux de ligne,