‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 219 sur 346 · ROCHAMBEAU. CASTRIES. SÉGUR · texte numérisé non relu

ROCHAMBEAU. CASTRIES. SÉGUR

parlement d'Angleterre, où lopposition se servait de son nom pour flageller les ministres de George IL, Necker déclara qu'il fallait opter entre sa démission ôu la révocation de Sartine. Maurepas, devenu très-jaloux du directeur des finances, eût bien voulu, mais n'osa le sacrifier. Sartine fut congédié. Maurepas proposa à Necker de réunir dans ses mains la marine et les finances, à l'exemple de Colbert. I espérait l’accabler sous le poids de ce double ministère. Necker évita le piége, et ce fut lui qu: joua Maurepas. D'accord avec la reine, il profita d’un accès de goutte qui retint le vieux ministre quelques jours au lit, pour enlever la nomination d’un protégé de Marie-Antoinette, le marquis de Castries (14 octobre 1780). Cette fois, la reine avait honorablement placé sa confiance. M. de Castries était trop étranger à la marine; mais, du moins, c'était un homme de tête et de cœur, fort estimé pour sa conduite dans la guerre de Sept Ans.

Deux mois après, le ministre de la guerre disparut à son tour. L’incapable courtisan qui avait succédé à Saint-Germain, le prince de Montbarrei, fut remplacé par le marquis de Ségur (décembre 1780). C'était encore une créature de la reine et un nouvel échec pour Maurepas. Ségur, brave officier et administrateur intelligent, avait ies qualités nécessaires pour aider Castries à pousser les opérations avec vigueur : il était même plus spécial à la guerre que Castries à la marine.

La France renforçait donc ses moyens d'action et se mettait en devoir d’en faire un meilleur usage. L’Angleterre était retombée dans ses discordes. L'opposition s'était déchaînée de nouveau après les revers de 1779 et avait fait arriver aux communes des masses formidables de pétitions contre l'influence de la couronne et la corruption parlementaire. Le langage des orateurs et des pétitionnaires était si menaçant, que le refus d’impôt et la guerre civile semblaient imminents. Les communes s’effrayèrent; l'opposition eut un moment la majorité; elle la reperdit cependant, et le ministère North se maintint (avril 1780). Mais des troubles violents éclatèrent sur ces entrefaites par une autre cause. Avant les concessions commerciales à l'Irlande, d'importantes concessions avaient été accordées aux catholiques en 1778. On les avait relevés

459 LOUIS XVI. (1789) de l'incapacité d’hériter' et d'acquérir des biens-fonds, et l'on avait abrogé la peine de la prison perpétuelle portée contre leurs prêtres et leurs religieux, moyennant serment de fidélité à la maison régnante et abjuration de la croyance au pouvoir du pape sur le temporel. La haine et l’effroi du papisme s'étaient conservés dans toute leur âpreté parmi les presbytériens d'Écosse. Ces violentes populations avaient crié à la trahison et accueilli l'acte du parlement par des émeutes et par le sac des maisons des catholiques à Édimbourg et à Glascow. Deux grandes associations se formèrent en Écosse, puis en Angleterre, pour combattre le rétablissement du papisme, et choisirent toutes deux pour président lord George Gordon, personnage d’une exaltation poussée jusqu’au délire. Le 2 juin 1780, une foule immense, sur linvitation de lord Gordon, se porta à Westminster pour imposer au parlement la révocation des concessions faites aux catholiques. Beaucoup de membres des deux chambres furent insultés et maltrâités aux abords de Westminster; néanmoins les chambres refusèrent de délibérer sous la pression de l’émeute, et la multitude hésita à violer le sanctuaire de la législature. Elle ne s'apaisa pas, cependant, et, durant plusieurs jours, les désordres allèrent croissant. La sédition saccagea et incendia d’abord les chapelles qu’on tolérait aux catholiques, puis leurs maisons, puis les maisons de plusieurs hauts fonctionnaires et membres du parlement, qui avaient proposé ou appuyé les mesures de tolérance : les prisons avaient été forcées ; chaque nuit, les flammes rougissaient le ciel au-dessus de la grande ville. Les passions brutales de la populace sans nom qui remplit les vieux quartiers de Londres étaient surexcitées au dernier point, et l’on commençait à détruire pour détruire ou pour piller : la Banque fut sérieusement menacée; mais le gouvernement s'était enfin décidé à appeler des troupes dans Londres. La sédition ne tint pas devant la fusillade et fut étouffée dans le sang de plusieurs centaines de mutins. Les chefs de l'opposition, Fox, Burke, et jusqu’au démagogue Wilkes, s'étaient prononcés énergiquement contre l’émeute et pour la tolérance. Cet orage, en épouvantant les classes

1. Par un acte du règne de Guillaume II, l'héritier catholique était évincé, quand ie plus proche parent, après lui, était de l’église établie,

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