CHANGEMENTS MINISTÉRIELS
liques, et commençait à refuser toute suprématie au parlement de la Grande-Bretagne sur le parlement irlandais : les agitations jrlandaises, mais surtout la chute de Minorque et de Saïint-Christophe, déterminèrent la chute de lord North, déjà fort ébranlé par le désastre d’York-Town. La chambre des communes vota une résolution qui impliquait la renonciation à reconquérir les colonies révoltées et la concentration des efforts de l’Angleterre contre ses ennemis européens. La Grande-Bretagne se résignait à ce démembrement de l'empire britannique, dont la pensée avait tué lord Chatham. Lord North donna sa démission après douze ans du ministère le plus malheureux que l'Angleterre eût depuis longtemps subi (mars 1782). Le parlement avait, de 1775 à 1782, voté pour la guerre plus de 100 millions sterling (2 milliards et demi!)'. A la fin de 1781, l'Angleterre avait perdu quatre-vingt-deux navires de guerre; ses ennemis tous ensemble, quatre-vingt-quatorze. Elle avait quatre-vingt-dix vaisseaux de ligne; les Franco- Espagnols, cent trente-six, sans compter les Hollandais. Le parlement venait de voter cent mille matelots pour 1782!
Le nouveau ministère, où figuraient tous les noms importants de l’opposition, Fox, Burke, Sheridan, lord Shelburne, les frères Howe, l'amiral Keppel, lord Richmond, etc., tous, hormis ce jeune béritier du nom de Pitt qui devait sitôt et si longtemps gouverner l'Angleterre ; le nouveau ministère, fidèle à son origine, pacitia l'Irlande en reconnaissant l'indépendance du parlement irlandais, concession éclatante que devait un jour faire révoquer le second Pitt parmi des flots de sang. Il essaya en même temps de traiter avec les États-Unis et la Hollande, pour ne plus avoir en face de lui que les anciens ennemis de l’Angleterre, la France et l'Espagne, la maison de Bourbon. Il offrit de reconnaître l'indépendance des colonies américaines et n’envoya plus aucuns renforts aux garnisons anglaises des États-Unis. La guerre ne fit plus que languir
1. 2 millions sterling en 1775; 5, en 1776; 5, en 1777; 10, en 1778; 12, en 1779; 12, en 1780; 12, en 1781, outre les emprunts. — Histoire de la dernière guerre, t. IE, p. 195, 309. — Dans les dernières discussions, un homme d'état, lord Mulgrave, laissa échapper une assertion qui excita un grand scandale; c’est que l’Angleterre n'avait jamais été supérieure à la France sur mer, quand la France appl- : quait toutes ses ressources à la marine, — V. Adolphus, fiègne de George LiT, liv, XLII.
sur le continent américain, où les Anglais découragés se renfermaient dans les quelques places qu’ils conservaient, et où les Américains, épuisés par tant d'efforts, semblaient attendre que les dernières positions des ennemis tombassent toutes seules.
Il n'en fut pas de même aux Antilles, où de grandes forces navales se trouvaient en présence. L’amiral Hood, si habilement “chappé à de Grasse, avait été rejoint par une escadre amenée d'Europe par Rodney, et celui-ci, en prenant le commandement en chef, avait trente-huit vaisseaux de ligne sous son pavillon. Les Français, réunis aux Espagnols, devaient être encore très-supérieurs, et leur plan était d’aller attaquer la Jamaïque avec cinquante vaisseaux et de nombreuses troupes de débarquement rassemblées à la Martinique, à Saint-Domingue et à Cuba.
Il fallait, avant tout, opérer, sur les côtes de Saint-Domingue, la jonction entre la flotte française et la flotte espagnole. Jusquelà, l'intérêt capital des Français était d'éviter la bataille, comme l'intérêt des Anglais était de la livrer. De Grasse mit à la voile du Fort-Royal de la Martinique, le 8 avril, avec trente et un vaisseaux de ligne, deux de cinquante canons, et un convoi de cent cinquante voiles. Bougainville et Vaudreuil commandaient sous lui. Il se dirigea vers le canal qui sépare la Dominique de la Guadeloupe, pour débouquer au vent des îles. Rodney, qui l’observait de Sainte-Lucie, se met à sa poursuite. Les Français s’éloignent, favorisés par une brise dont l’avant-garde anglaise seule peut profiter comme eux. De Grasse ne résiste pas à la tentation d’attendre cette avant-garde et de prendre sa revanche sur Hood. La division de Hood est en effet assez maltraitée, mais non point accablée, et, lorsque le centre anglais parvient à lui porter secours, de Grasse se décide à éviter un engagement général. Il y réussit {9 avril). Rodney emploie la nuit à se rallier et à se réparer. De Grasse fait filer son convoi sous l’escorte de deux vaisseaux de cinquante et poursuit sa route, laissant à la Guadeloupe deux autres vaisseaux, séparés ou obligés de relâcher par accidents de mer. Le 11 avril, on est presque hors de la vue des ennemis. Dans la nuit du {1 au 12, un vaisseau de soixante-quatorze, endommag par un maladroit abordage, s’attarde et ne peut plus suivre. La plus vulgaire prudence prescrivait le sacrifice de ce bâtiment.