DE GRASSE. L7A
suffisante pour la construction de quatorze vaisseaux !. L’attitude de la marine française en Amérique répondit aux manifestations énergiques de la nation. Notre marine était si peu abattue, qu’elle fit plusieurs expéditions offensives. Le capitaine La Peyrouse, depuis si célèbre par son grand voyage et sa fin tragique et mystérieuse, détaché avec une escadrille, détruisit les établissements anglais de la baie d'Hudson, entrepôt du commerce des pelleteries?. Un autre détachement s’empara des îles Turques, îlots remplis de riches salines, à l’extrémité sud-est de l'archipel des Lucayes. Les Espagnols, de leur côté, prirent les îles de Bahama.
Nos alliés tinrent loyalement leurs engagements : les propositions du nouveau ministère anglais, arrivées aux États-Unis en même temps que la nouvelle de la défaite de l'amiral de Grasse, furent repoussées sans hésitation par le congrès, et toutes les assemblées des Treize États déclarèrent ennemi de la patrie quiconque proposerait de traiter sans le concours de la France*, Les Anglais n’en évacuèrent pas moins Savannah et Charles-Town pour se concentrer à New-York.
La Hollande avait également rejeté les offres de traité séparé que Angleterre lui adressait par l'intermédiaire de la Russie, infidèle à la neutralité armée.
En Europe, les opérations n’eurent cette année d’activité que sur un seul point. Une fois Minorque reconquise, la cour d’Espagne n’eut plus qu’une pensée, recouvrer à tout prix Gibraltar, bloqué depuis trois ans, ravitaillé plusieurs fois, mais, néanmoins, réduit à de dures épreuves. Le parti le plus sage semblait être de compléter le blocus et de mettre à profit la supériorité des flottes combinées pour tâcher d'empêcher tout nouveau secours. Les Espagnols perdirent patience. Leurs premiers ouvrages de siége avaient été détruits dans une vigoureuse sortie de la garnison (novembre 1781); ils les rétablirent, les agrandirent. Une attaque de vive force fut résolue contre l’inabordable rocher de Gibraltar.