Hist, des troubles de l'Amérique anglaise, t. IV, p
Deux princes français, le comte d'Artois et le duc de Bourbon, accoururent pour assister à ce grand spectacle. Du côté de la terre, une immense batterie de plus de deux cents pièces d'artillerie s’étendait dans toute la largeur de la presqu’ile. Du côté de la mer, lix batteries flottantes, gros vaisseaux rasés, blindés d'énormes pièces de bois que revêtaient du liége et des cuirs verts, etmunis de réservoirs d’eau à l’intérieur, portaient cent cinquante-cinq canons et mortiers, et devaient être soutenus par une flottille de canonnières et par la grande flotte franco-espagnole.
La flotte, commandée par le vieux Cordova, arriva le 12 septembre, au nombre de quarante-cinq vaisseaux de ligne, après avoir enlevé sur sa route un grand convoi anglais destiné pour le Canada et Terre-Neuve. Le lendemain, un déluge de feux se croisèrent sur Gibraltar. Le détroit retentit, tout un jour et toute une nuit, de cette tempête d'artillerie qui porta leffroi jusque chez les populations du Maroc. L’orage passa en vain. Vers la terre, les myriades de projectiles lancés par les assaillants frappèrent inutilement les rocs creusés dans lesquels se cachaient les canons ennemis. Vers la mer, l’attaque fut mal concertée. Le mouillage avait été mal reconnu. Une partie des batteries flottantes touchèrent sur des bas-fonds. Les autres furent mal postées. Les moyens inventés pour les garantir des boulets rouges se trouvèrent insuffisants. Elles furent incendiées, les unes par l'ennemi, les autres par leurs équipages, obligés de les abandonner sous le feu des Anglais, qui abîma la plupart de ces malheureux. La flotte, par des incidents de mer, n'avait pu prendre part à l’action.
Après cette malheureuse journée, on reprit le blocus; mais la mer favorisa encore les Anglais. A la suite d’une tempête qui avait maltraité et écarté la flotte combinée, l’amiral Howe, arrivé d’Angleterre avec trente-quatre vaisseaux de ligne, parvint à franchir le détroit et à ravitailler de nouveau Gilbraltar. La flotte francoespagnole ne put le joindre que lorsqu'il avait déjà repassé le détroit. L'avant-garde des confédérés, commandée par La Motte- Piquet, canonna vivement et endommagea l’arrière-garde anglaise, mais l'amiral Howe évita une affaire générale et regagna les mers britanniques (10-21 octobre).