UNITÉ DE TYPE
d’un large coup d'œil; il était réservé à un de ses successeurs de la réduire à l’état de science‘. L’essentiel de la théorie, l’analogie ou correspondance des organes dans les animaux les plus divers, est très-clairement énoncée, dès 1753, dans un des premiers chapitres de l’Histoire des Quadrupèdes (art. Ane); après des considérations puissamment motivées, Buffon conclut, qu’en créant les animau x; « l'Être-Suprême semble n’avoir voulu employer qu’une idée, et la varier en même temps de toutes les manières possibles. » Il est, dit-il un peu plus tard ?, un plan toujours le même, toujours suivi, de l’homme au singe, du singe aux quadrupèdes, des quadrupèdes aux cétacés, aux oiseaux, aux poissons, aux reptiles. Ce plan est un exemplaire fidèle de la nature vivante. et, lorsqu'on veut l’étendre et passer de ce qui vit à ce qui végète, on voit que ce plan se déforme par degrés des reptiles aux insectes, des insectes aux vers, des vers aux zoophytes, des zoophytes aux plantes, et, quoique altéré dans toutes ses parties extérieures, conserve néanmoins le même fond, le même caractère, dont les traits principaux sont la nutrition, le développement et la reproduction, traits généraux et communs à toute substance organisée, traits éternels et divins… »
Comment comprendre qu’il ait eu un pied sur ces sommets lumineux et l’autre dans les brumes obscures du matérialisme!
Au reste, Buffon, toute sa vie, fut combattu entre des idées opposées : sa tête semble un chaos sublime, sillonné de mille éclairs et plein des germes des mondes futurs. À côté de la grande pensée de l’unité du type physique, il pose une autre conception, qui, sans en être rigoureusement déduite, s’y laisse rattacher volontiers , mais qui est absolument inconciliable avec le rôle fondamental que Buffon attribuait, vers le même temps, aux espèces, aux moules intérieurs. La nature des animaux, dit-il, peut se varier et même se changer absolument avec le temps ct sous
imprimée en Allemagne sous un pseudonyme, de matérialiser cette idée, en avançant que toutes les espèces animales scrtaient d’un premier animal, prototype de tous les autres, Il y soutient aussi que toutes les molécules sont sensibles et intelligentes, V. Œuvres de Diderot, Paris, 1821; t. II, p. 149-197.