Étienne Geoffroy-Saint-Hilaire
2, En 1756; Hist. des Singes.
3, On peut admettre l'unité de type sans admettre la mutabilité des espèces,
l'influence du climat. Les espèces se dénaturent, c’est-à-dire se perfectionnent ou se dégradent.
L'espèce, à ce point de vue, n’est plus une réalité positive ct mystique à la fois, mais seulement le premier degré de la série des classifications : pour que cette opinion ne réduise pas la Nature à n’être qu’une illusion universelle, qu’une succession d’apparences à travers lesquelles se joue la substance unique, il faut qu’elle soit jointe à une ferme croyance dans l’individualité des êtres persistant sous les variations des formes.
Il n’est pas facile de s’arracher à ce génie qui exerce une fascination pareille à celle de la Nature elle-même. Terminons en rappelant que Buffon prévit, appela, prépara tous les progrès ultérieurs de la géologie et des autres sciences naturelles, et particulièrement cette mystérieuse paléontologie par laquelle Cuvier devait nous révéler toute une création ensevelie dans les entrailles de la terre. On peut dire que Buffon contenait en lui les grands naturalistes destinés à illustrer la science du xix® siècle par leur rivalité même : ceux qui l’ont renié, aussi bien que ceux qui l’ont avoué pour leur maître, procédaient de lui, comme tous les métaphysiciens modernes ont procédé de Descartes. Si son œil s'est troublé sur les hauteurs vertigineuses de la métaphysique, il a vu clair dans l’immensité du monde extérieur, et le temple qu’il a élevé à la Nature restera à jamais l’objet de l'admiration des hommes, bien qu’un nuage en voile le sanctuaire‘.
Les théories de Buffon n’eurent pas immédiatement une grande expansion directe : la plupart des savants spéciaux, qu'il avait: blessés par son injuste dédain pour les classifications de Linné, repoussèrent son autorité; le public l’admira plus qu'il ne le comprit, mais l'enthousiasme de la Nature réagit d’une manière générale sur la philosophie militante. Le naturalisme, à demi. voilé par la prudence de Buffon et combattu chez lui par un reste de métaphysique cartésienne, éclata chez un autre écrivain d’un caractère bien différent, aussi impétueux, aussi débordé, aussi es . Faye par Vicq-d’Azyr;—id., pe Condorcet; — Étienne Geof-
aire, yclopédie nouvelle, art. BurroN; — Cuvier, Biographie univer-
selle, art. BUFFON ; — Flourens, Vie de Buffon ; — Villemain, Tableau de la Liltérature
française au XVIUS siècle, t. Ter, 119 partie, p. 351. — Hérault de Séchelles, Une visite à Montbard; — Madame Necker, Mémoires.