Droz, Hist. de Louis XVI, t. 1°, p
nomistes. Depuis, à mesure qu’il conquérait davantage cette opinion publique, cette opinion désinféressée à laquelle il en appelait sans cesse, il s'était fait à chaque pas une nouvelle classe d’ennemis : les grandes familles administratives, le conseil d'état, par la suppression des intendants des finances et de ceux du comnerce, et par ces administrations provinciales qui menaçaient le écspotisme des intendants des provinces; les financiers, par la réforme des fermes, par la suppression d’une foule d'emplois de {inances et la préférence accordée aux banquiers sur les anciens traitants; les grands officiers de la couronne, par l’abolition de toutes ces sinécures subalternes qui relevaient de leurs charges et dont ils trafiquaient; une foule d’autres grands seigneurs, par la nenace suspendue sur les pensions, par la revendication des donaines royaux que la faveur avait aliénés, par le projet d’abolir les péages de routes et de rivières les autres ministres, sauf Castries et Ségur, par jalousie, rivalité personnelle ou attachement aux anciens établissements qu’il renversait; les frères du roi, parce qu’il n’ouvrait pas, sans compter, les caisses publiques à leur avidité ou à leur prodigalité, qu’il n’entendait pas subir l’égoisme dominateur de l’un et les caprices de l’autre. La ligue qui avait renversé Turgot était reformée contre son rival, moins complète toutefois. La reine n’en était plus, et la reine était maintenant une puissance : la société particulière de la reine, ménagée par le directeur des finances, le soutenait contre le reste de la cour'. L’hostilité du clergé n’était ni très-violente ni unanime : non-seulement les prélats politiques et philosophes appuyaient Necker; mais le vieux Beaumont, si fougueux contre les jansénistes et les incrédules, s'était laissé gagner par ce protestant philanthrope et par sa charitabie femme, et un motif également honorable de part et d'autre, le zèle pour les institutions de bienfaisance, avait amené entre la direction des finances et l’ar-
l. « Les déprédations des grands seigneurs qui sont à la tête des dépenses de la maison du roi sont énormes, révoltantes.. Necker a pour lui l’avilissement où sont tombés les grands seigneurs; il est tel, qu’assurément ils ne sont pas à redouter, et que leur opinion ne mérite pas d’entrer en considération dans aucune spéculation politique. » (Mém. de Besenval.) — C’est l'opinion de la société de la reine, exprimée par un membre de cette société, qui n’était sévère que pour les abus dont pro: fitaient les autres,