Droz, t, 1®, p
2. Suivant Mme Campan (Mémoires, t. Ir, p. 263), Maurepas aurait joué à Necker, comme naguëre à Turgot, un tour de faussaire. Îl aurait fait falsifier une lettre de Necker au roi, de manière à rendre la lettre inconvenante aux yeux de Louis XVI.
3. Soulavie, t. IV, p. 217. — Voici le texte du billet : « La conversation que j'ai « eue avec M. de Maurepas ne me permet plus de différer de remettre entre les mains “ du roi ma démission. J’en ai l’âme navrée. J’ose espérer que Sa Majesté daignera “ garder quelque souvenir des années de travaux heureux, mais pénibles, et surtout “ du zèle sans bornes avec lequel je m'étais voué à la servir. »
chute de Necker fut ressentie comme une calamité publique. L'effet fut beaucoup plus grand que lors de la disgrâce de Turgot, qui venait de mourir à cinquante-quatre ans', heureux de n'être pas condamné à voir s’abîmer dans le sang et les larmes cette société qui n’avait pas voulu être sauvée par lui. Depuis cinq ans, l'opinion s'était beaucoup développée, et bien plus de gens se préoccupaient activement des affaires publiques : un moindre mal produisit donc une impression beaucoup plus forte. L’attitude des amis et des ennemis de Necker attesta les immenses progrès qu'avait faits la classe moyenne, devenue vraiment la France. Le monde officiel n’osa pas triompher tout haut. Le cri de Paris, auquel répondirent les provinces, était trop violent. Il n’eût pas été prudent de témoigner un sentiment de joie sur les promenades ou dans les lieux publics. Avec les philosophes, avec la bourgeoisie, une partie de la cour affluà chez le ministre déchu, dans ce château de Saint-Ouen où un des auteurs de la chute de Necker, le frère de Louis XVI, devait, trente-trois ans plus tard, s'approprier les principes qu'il combattait maintenant. Les d’Orléans, les Condé, jusqu’au vieux Richelieu et à l’archevèque de Paris, se montrèrent à Saint-Ouen dans un bizarre amalgame. L’étranger fit chorus avec la France. L’Angleterre se réjouit de n'avoir plus en face d’elle le grand trouveur de millions. Joseph IT et la tzarine firent exprimer à Necker leur haute estime : il n’eût tenu qu’à lui d'aller administrer les finances de la Russie. 11 ne voulut pas quitter la France; il attendit que la nécessité lui ramenât le roi; sa confiance en lui-même lui persuadait que l’altente ne serait pas longue. Ce retour, cependant, n’eut lieu qu’au bout de sept années, et, quand Louis subit de nouveau plutôt qu’il ne rappela Necker, il était désormais trop tard pour lun et pour l’autre.
Si Necker eût patienté, le roi ne se fût peut-être pas décidé à le destituer, et Maurepas, qui termina, quelques mois après, sa funeste carrière (21 septembre 1781), lui eût laissé la place libre. Il est probable que Vergennes n’eût pas été assez fort pour l’abattre. Necker, maintenu au ministère, eût un peu reculé la
i. Le 20 mars 1781.