RÈACTION. MORT DE MAUREPAS
d'écrire‘. Les puissances du passé ravivaient par moments leurs prétentions avec l’emportement de la caducité révoltée, et passaient tour à tour de l’affaissement à des paroxysmes de colère.
On fut bientôt à même de reconnaître que l'esprit de Necker ne présidait plus aux finances. Joli de Fleuri ne créa plus de nouvelles administrations provinciales, restreignit autant que possible celles qui existaient, augmenta de deux sous pour livre tous les impôts indirects, gabelles, taxes et droits; proportionnalité trèsinjuste, car elle faisait peser la plus forte part de la charge nouvelle sur ceux qui étaient déjà les plus chargés, au lieu de commencer par rétablir l'égalité entre les particuliers et entre les provinces et les communautés (août 1781). « C'était, » dit trèsbien M. Droz, « administrer à la Terrai. » Bientôt on vit reparaître une bonne partie des offices de finances, supprimés par Necker, avec les priviléges qui y étaient attachés (octobre 1781 — janvier 1782).
Maurepas mourut sur ces entrefaites (21 novembre 1781). Les regrets du roi sur la perte de son vieil ami attestèrent son bon cœur et son peu d'intelligence. Personne ne remplaça entièrement le fatal Mentor du roi; mais Vergennes obtint la place la plus considérable dans la confiance de Louis XVI, qui le fit chef du conseil des finances au lieu de Maurepas. Vergennes fit un pas de plus vers la position de premier ministre, en induisant le roi à établir un comité des finances composé seulement du chef du conseil des finances, du garde des sceaux et du contrôleurgénéral, et auquel les autres ministres rendraient leurs comptes (février 1783). Il n’alla pas plus loin : son ambition n'avait point
1. Soulavie, Règne de Louis XVI, t. V, p.136. Le clergé reconnaît qu’on ne peut appliquer la loi de 1757, qui prononce la peine de mort contre les écrivains irréligieux. Il réclame des peines moins sévères, mais plus fidétement appliquées; des amendes, l'exclusion des emplois et des priviléges de citoyen, et la détention perpétuelle pour les récidivistes incorrigibles; — pour les libraires, la perte du privilége; —- la suppression, ou l'extrême restriction du colportage ; — une inspection inquisitoriale sur les mauvuis livres devrait être accordée au clergé de compte à demi avec l'autorité civile. — Nous reviendrons tout à l'heure sur ce qui regarde les protestants. — La piété de Louis XVI n’était nullement fanatique, et il sut du moins se garder d'entrer dans la voie où le clergé voulait l’entrainer. Ses notes sur Les Remontrances sont pleines de bon sens,
assez d'énergie pour atteindre le but, et il n’eût su que faire de la puissance suprême s’il l’eût obtenue.
Fleuri poursuivait ses augmentations d'impôts. IL établit, en juillet 1782, pour durer trois ans après la paix, un troisième vingtième évalué à 21 millions! : les deux sous pour livre devaient en rapporter 30. Il prétendait faire marcher de front l’augmentation de l'impôt avec le système des emprunts, en présentant cette augmentation de revenus comme une garantie aux prèteurs. I] réussit d’abord jusqu’à un certain point, et trouva, depuis son entrée aux affaires jusqu’à la fin de 1781, 190 millions à emprunter à des conditions moins bonnes, il est vrai, que son prédécesseur. Le parlement de Paris enregistrait tout, dans sa satisfaction du renvoi de Necker. Joli de Fleuri, sorti d'une des principales familles parlementaires, était per sonnellement au mieux avec la Compagnie, et n'avait accepté la direction des finances que sur les instances des chefs du parlement. Les parlements de province se montrèrent moins dociles. Celui de Franche-Comté mit des restrictions à l’édit des deux sous pour livre et n’enregistra le troisième vingtième que jusqu’à la fin de la guerre. Le gouverneur de Franche-Comté, par ordre du roi, fit procéder d'autorité à l'enregistrement pur et simple. Le parlement déclara nul Fenregistrement et défendit la perception des nouvelles taxes, à peine de concussion. Les scènes du temps de Louis XV se renouvelèrent. Le parlement de Franche-Comté lutta à coups d’arrêtés contre le conseil, reprenant la vieille tactique de séparer la volonté du roi et celle des agents du roi. Il demanda la convocation des États-Provinciaux et celle des Érats-Généraux. La proposition d'envoyer aux parlements, aux princes et aux pairs l'arrêté qui contenait cette demande fut rejetée à cinq voix de majorité. L'HEURE n’était pas venue encore, mais elle approchait. La querelle aboutit à une transaction.
La fière Bretagne recommençait aussi à remuer. Ses États, en 1782, renouvelèrent d'énergiques réclamations contre l’injonction étrange de n’élire pour députés chargés de suivre leurs affaires à la cour que des hommes recommandés par le gouverneur de leur
1. L'industrie et les offices et droits étaient exemptés de ce nouveau vingtième,