‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 254 sur 346 · LA REINE ET LA COUR · texte numérisé non relu

LA REINE ET LA COUR

mouvement mystique bien imprévu au lendemain de Voltaire et de l'Encyclopédie.

Il n’est pas dans notre plan d’entrer dans l’histoire anecdotique de la cour de Louis XVI. Les faits ont déjà suffisamment mis en scène ce malheureux roi, capable de comprendre, incapable de vouloir, incapable de s'assurer le mérite et de produire l'effet de ses bonnes intentions; destiné à repousser ou à lâcher, l’une après l’autre, toute forte main qui se tend vers lui pour lesauver et à rejeter inévitablement le peuple del’attente trompée à la colère et de la confiance à la haine. Nous avons aussi tâché d’esquisser le portrait de cette infortunée Marie-Antoinette, qui, mal accueillie dès son arrivée en France par le publie, pour qui elle était le gage de l’impopulaire alliance autrichienne, poursuivie successivement par les calomnies des d’Aiguillon et des Du Barri, par les menées sournoises du comte de Provence et de l'entourage du comte d’Artois', par la rancune emportée du duc de Chartres, semble prendre à tâche de fournir incessamment de nouvelles armes à ces haines par une manière d’être qui n’est qu’une perpétuelle imprudence, voit, sans savoir s’en défendre et presque sans s’en émouvoir, transformer ses étourderies en crimes, ses faiblesses en infamies, chercher non-seulement des fautes dans toutes ses relations avec l’autre sexe, mais des vices monstrueux dans ses amitiés féminines, descend enfin à une entière déconsidération, et, sinon peutêtre irréprochable, certainement moins reprochable que la plupart des dames de la cour, acquiert, sans la mériter, la réputation que mérite son abominable sœur, Caroline de Naples?.

La reine est décriée; on la raille, et on l’imite dans ses habitudes, dans ses goûts, dans ses folies. Une marchande de modes, admise dans l’intérieur de Marie-Antoinette, à la grande stupeur de tout ce qui garde quelque reste de culte à l'étiquette,

1. Nous disons de l'entourage, car le comte d'Artois lui-même, capable de propos plus que légers, ne l'était nullement d'une trame haïneuse et perfide.

2. Les promenades nocturnes sur la terrasse de Versailles, les fêtes nocturnes de Trianon, les équipées au bal de l'Opéra, ne paraissent point avoir recélé les mystères qu'y a cherchés la malveillance : M Campan, surtout, a justifié la reine d’une manière plausible sur ce point et sur d’autres. Les débordements de Marie-Antoinette

sont imaginaires. L'histoire n’a point à se prononcer sur les deux attachements qu'on lui attribue à quelques années d'intervalle. — V., mais avec réserve, les Mém. du

comte de Tilli.

Fl& LOUIS XVI. (1783-1787)

Mie Bertin, devient un personnage historique. Son influence ébranle tout le système de nos vieilles industries en achevant la révolution commencée par la Pompadour et la Du Barri, et en substituant à la solide magnificence des anciennes étoffes un luxe léger, frivole et fantasque. Tantôt la reine, et, après elle, toutes les beautés à la mode, affectent une extrême simplicité et emprun- {ent la légère robe blanche de leurs femmes de chambre; tantôt elles s’affublent de costumes de théâtre, d’immenses panaches; elles élèvent sur leur tête un gigantesque échafaudage de gaze, de fleurs et de plumes, si bien qu’une femme, comme le montrent les caricatures du temps, a la tête au milieu du corps, et que tout cercle a l’air d’un extravagant bal travesti.

Les salons rient de la mode tout en lui obéissant : les ateliers crient que l’Autrichienne ruine nos fabriques lyonnaises, nos belles manufactures de soieries, pour enrichir les fabriques de linon brabançonnes et les sujets de son frère Joseph IT".

Tout le monde, au reste, artisans, bourgeois, courtisans même, est d'accord pour crier contre la société intime de la reine, contre les Polignac et leurs amis, qui sont comme une petite cour dans la grande : les courtisans, parce qu’ils jalousent les membres de ce petit cercle favorisé; les autres classes, parce qu’elles s’imaginent y découvrir la source de tous les mauvais conseils et le point d'appui de tous les abus. Prévention exagérée; car cette société, gouvernée par de petits intérêts et des passions imprévoyantes, fait tantôl le mal, tantôt le bien, sans aucune vue générale. Un trait peut faire juger avec quel sérieux on y traite la politique. Un des membres du cercle, le comte d’Adhémar, personnage assez insignifiant, avait le malheur d’ennuyer la reine; Marie-Antoinette ne trouve rien de mieux, pour s’en débarrasser, que de lui faire donner l'ambassade de Londres ?.

La majorité de la nation n’est pas moins hostile à la cour qu'aux

1. La France avait elle-même, dans ses provinces du Nord, des fabriques de linon très-florissantes, qui ne sont tombées que devant l'invasion des cotonnades.

2. Mém. de M" Campan, t. I, p. 265. Il est vrai que Me Campan dit que la reine se reprocha plus tard cette légèreté. — D’après M®° Campan, ce serait à partir de 1783 que l'influence des Polignac serait devenue tout à fait nuisible et qu’ils au raient de plus en plus compromis le nom de la reine dans des intrigues dont elle aurait eu souvent la responsabilité sans la complicité.

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